Botswana, le bain d’un éléphanteau dans l’Okavango © Marie-Ange Ostré

Approcher des éléphants sauvages est une expérience émouvante, et parfois dangereuse.

Nous avons tous vu un éléphant dans un zoo ou dans un cirque, en milieu clos. On admire l’animal, mais avec un pincement au coeur. Doit-il être tenu en captivité pour permettre au plus grand nombre d’en voir au moins une fois dans sa vie, ou vaudrait-il mieux fermer tous les zoos pour leur rendre leur environnement naturel. Vaste débat… Mais en côtoyer de près, toucher leur peau et sentir leur puissance est une émotion indescriptible, un sentiment à la fois euphorisant et réducteur : consciente d’avoir la chance immense de caresser un éléphant en pleine nature j’étais en ce jour de décembre presque inhibée par une forme de timidité. Comme une retenue respectueuse vis-à-vis de ce géant à la peau épaisse, musculeuse.

Au Botswana dans le delta de l’Okavango, aux frontières de la Namibie, je me suis levée à l’aube pour profiter des premiers rayons du soleil sur la savane. Une aube dorée dans laquelle j’ai failli poser le pied sur un serpent qui se prélassait sur la terrasse en bois, un serpent qui a fui avant que je n’ai eu le temps de réaliser le risque encouru. Une aube qui éclaboussait de lumière la surface miroitante de l’étang dans lequel s’ébattait une poignée d’hippopotames bruyants.

Un petit déjeuner rapide, une heure de 4×4 dans les hautes herbes jaunies par trop de sécheresse, le temps de suivre du regard l’envol de marabouts qui me font penser aux illustrations dans les BD de Lucky Luke. Allez savoir pourquoi…

Sur la rive chacun de nous se fait tout petit devant un tel déferlement de puissance innocente…

Trois girafes qui broutent la cime des arbres, deux éléphants sauvages dont nous restons à distance prudente, un troupeau de gazelles bondissantes, et nous arrivons en vue d’un groupe d’hommes en uniforme short et chemise en toile kakie, certains portant fusil en bandoulière. Ce n’est pas l’armée botswanaise, non. Il s’agit de gardes dans cette propriété de plusieurs hectares sur laquelle des éléphants en captivité sont réintégrés à la vie sauvage en étant d’abord soignés avant de réapprendre à se nourrir eux-mêmes. Les fusils sont destinés à protéger les hommes contre les crocodiles qui pullulent dans ce vaste delta de l’Okavango.

Derrière eux une poignée d’éléphants. Mais une poignée impressionnante dès qu’il s’agit de mastodontes de plusieurs tonnes. Peau brune, oreilles larges, trompe traînant au sol. Et de tous petits yeux. Des yeux aux cils broussailleux, immenses. Nous approchons, ils ne bronchent qu’à peine, rassurés par les paroles et les gestes apaisants de leurs gardiens. Je suis venue pour photographier, je ne savais pas que je pourrais toucher. Une sensation étrange que de poser une main timide sur une peau chauffée par le soleil devenu implacable en moins de deux heures, une peau d’une telle épaisseur qu’elle semble intraversable. Un cuir granuleux, griffé de profondes rides pour certains.

Un jeune dont on nous a laissé approcher doit avoir un peu plus d’un an, il est déjà un peu plus grand que moi et semble bien inoffensif. Mais lorsqu’il se tourne vers moi pour mieux me voir je sens toute sa puissance dans le simple mouvement de rotation qu’il effectue sur les quatre poteaux qui lui servent de pattes. Ce mouflet pourrait me balayer d’un revers de tête sans que je ne puisse y trouver à redire.

Mais il est l’heure du bain, et le bain des éléphants est un moment sacré dans l’Okavango. Une occasion de se débarrasser autant que possible de toutes les bestioles et parasites. L’opportunité de jouer aussi.

Un garde entraîne le chef de meute vers l’endroit le plus profond de ce petit étang creusé par l’un des bras de l’Okavango dans cette plaine herbeuse. Le mastodonte se fait un peu prier, nous restons un peu à l’écart pour ne pas le perturber. Dès que cet éléphant gigantesque et fier bouge ne serait-ce que la tête, tous les gardes se tiennent prêts à réagir. Il est devenu presque imprévisible, presque rendu à la vie sauvage. Encore quelques semaines de soins et on le poussera à reprendre sa liberté.

Derrière lui une femelle entre dans l’eau plus volontiers, suivie par son éléphanteau. Un petit âgé de 6 mois, déjà agressif envers les hommes qui l’approchent puisqu’il charge bien volontiers. Je pense à Disney, à tous ces dessinateurs qui ont un jour croqué cette scène de bain d’un éléphant : trompe tendue en avant, le jeune caresse le flanc de sa mère tandis qu’elle tourne la tête vers lui. La mère que je suis fondrait presque de tendresse si un autre mâle ne venait d’entrer bruyamment dans l’eau, soulevant de grandes gerbes sur son passage. Le ton est donné, amusons-nous !

L’euphorie semble s’être emparée des 5 éléphants : l’eau jaillit de toutes parts sous l’effet des corps qui s’abattent de droite et de gauche, les barrissements accompagnent certaines chorégraphies, les trompes s’élèvent, disparaissent, les têtes fondent sous l’eau. A genoux, assis ou couchés, les éléphants profitent de la fraîcheur et s’en donnent à coeur joie. Comme des ados dans une piscine !

Sur la rive chacun de nous se fait tout petit devant un tel spectacle, un tel déferlement de puissance innocente.

Le patriarche projette sa tête à droite, à gauche, et de nouveau, s’amusant sans doute des vagues qu’il provoque et qui éclaboussent ses congénères. Le petit veut le rejoindre, la mère le rappelle à l’ordre d’un léger barrissement. Confus le jeune se plie aux ordres et joue avec sa trompe qu’il positionne tel un périscope tandis qu’elle le caresse avec la sienne, à moins qu’elle ne le frotte pour l’aider à se débarrasser des insectes, boues et herbes sèches qui collent à sa peau ?

C’est un bain qui va durer vingt bonnes minutes, vingt minutes qui vont aller crescendo dans l’extase des éléphants et pendant lesquelles nous allons sourire devant leurs facéties presque puériles. De longues minutes qui permettent de se prendre d’affection pour ces géants d’Afrique que l’on a voulu exterminer pendant des décennies pour embellir le cou des élégantes ou agrémenter la décoration de quelques intérieurs privilégiés.

Un moment de vie unique, une contemplation exceptionnelle, qui font prendre toute la mesure du chemin qu’il nous reste à parcourir pour rendre leur liberté et leur dignité à ceux qui étaient là bien avant nous. Et demain, je me ferai charger par un éléphant sauvage. Mais c’est une autre histoire…

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage au Botswana ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en octobre 2010 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

Rédiger et illustrer un site web ou un blog représente des heures, des années de travail. Prélever sur Internet sans autorisation préalable des photos ou des textes (tout ou partie) est une violation des droits d’auteur. Des outils permettent de dénicher facilement les « emprunteurs » et de les poursuivre (dans le pire des cas), ce sont d’ailleurs souvent les lecteurs qui nous alertent. Si vous souhaitez utiliser un extrait d’article ou une photo n’hésitez pas à demander depuis la page Contact sur ce site. Merci pour votre compréhension.

Comments 1

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :