Hong Kong lumières

Quand assister à l’un des plus grands événements annuels en Asie tourne quelques minutes plus tard au cauchemar du photographe…

Il y a des moments dans une vie où on se mettrait bien des baffes à l’échelle du Grand Canyon du Colorado. Des moments où l’abattement le plus complet succède à une euphorie d’adolescente. Des instants où l’envie de se cacher dans un trou de souris suit l’exaltation du « c’est moi qui l’ai fait !« . Et ce moment, je viens de le vivre ce soir…

Depuis trois jours je demandais à tous les Hongkongais que je croisais : « où dois-je me rendre pour être la mieux placée pour prendre des photos du feu d’artifice du nouvel an chinois ?« . Invariablement on me donnait des réponses différentes, mais décevantes : « sur l’Avenue des Stars, mais ce sera bondé, vous risquez de ne pas pouvoir prendre de photos« , ou bien « depuis le restaurant de l’hôtel Xxx… mais toutes les tables doivent être déjà réservées« . Décourageant, mais je suis opiniâtre.

Et puis soudain ce soir vers 17h j’entre dans la Suite qui m’a été réservée pour la nuit au Grand Hyatt Hong Kong. Une Suite superbe, au design contemporain, avec des murs entiers de miroirs, une très belle lumière, bref… raffinée. Et dotée d’une jolie terrasse privée, au 11ème étage, face… à la baie de Hong Kong.

Bingo, l’endroit idéal pour voir et photographier le feu d’artifice !!!

Et puis quinze minutes plus tard j’enchaîne avec un rendez-vous pour un spa, moment de détente absolu sous les mains expérimentées d’une Eve Hongkongaise souriante et discrète. Huiles essentielles, baume, massage du crâne, après une journée au pas de course je m’endors presque…

Mais il est temps d’aller grignoter quelque chose en attendant le feu d’artifice. Saumon fumé d’Ecosse, petits fours,… le grand jeu au 30ème étage du Club Lounge du Grand Hyatt. Un endroit bondé ce soir, et de surcroît avec de larges baies vitrées qui sont à la fois teintées et surtout closes. Alors je me réjouis d’avoir une petite terrasse extérieure pour moi toute seule. Je mesure ma chance, j’exulte presque !

La difficulté avec les feux d’artifice c’est qu’on ne sait jamais précisément d’où ils seront tirés ni sur quelle fréquence, jusqu’à quelle hauteur,…

Je rentre ensuite au bercail quelques étages plus bas, transfère les photos du jour sur mon mini-disque dur externe. Je re-formate soigneusement la carte numérique pour la vider complètement et libérer ainsi de l’espace. Je vérifie ma batterie pour m’assurer que le Canon 7D tiendra la durée, et je caresse d’une main déjà amoureuse le nouvel objectif Canon flambant neuf dont j’ai fait l’acquisition hier soir dans un magasin de Times Square (pas à New York, non, vous savez que je suis à Hong Kong ces jours-ci).

À tout hasard je prépare aussi le 10-22 mm pour le garder à portée de main au cas où le cadrage devrait être vraiment large.

La difficulté avec les feux d’artifice c’est qu’on ne sait jamais précisément d’où ils seront tirés ni sur quelle fréquence, jusqu’à quelle hauteur, etc… Faut-il utiliser un objectif grand angle ou préférer un objectif plus classique pour être plus mobile et focalisée sur des détails ?

La prise de vue vidéo d’un feu d’artifice tient donc toujours un peu du hasard et rien n’est jamais garanti. Et puis normalement on utilise un trépied, pour assurer le cadrage bien horizontal, mais impossible de poser un pied sur cette terrasse malgré tout étroite qui comprend de plus une table ronde fixée au sol.

Donc à 20h pile je suis dehors, sur « ma » terrasse et j’observe la baie et ses buildings illuminés quand soudain… « baoum !!!« . Cinq premières fusées écarlates éclatent dans le ciel. Une explosion assourdissante qui résonne entre les buildings de verre et d’acier alentours.

Impressionnant !!!

Je lève l’appareil rapidement, je déclenche la fonction vidéo et hop je cadre en utilisant l’écran LCD. Pendant 25 minutes, le temps de durée du feu d’artifice du nouvel an chinois à Hong Kong… (or 25 minutes en tenant l’appareil en essayant de ne pas trop bouger, ce n’est pas gagné !).

Pendant 25 minutes je me dis : « magnifique, superbe, trop beau, ça va être génial pour mes lecteurs !« .

Et même si je sais que ce ne sera pas parfait je me dis que j’ai une chance incroyable d’être sans doute l’une des rares personnes à être située aussi idéalement ce soir.

Seulement voilà, les photographes avertis vous le confirmeront, on ne voit pas grand-chose sur un écran LCD. Même sur un très bon écran LCD, et surtout sur un film tourné de nuit, avec des lumières qui explosent, qui « crament ».

Alors j’ai aussi pensé : « tiens, c’est un peu cramé, un peu saturé, mais ça ira« . J’étais confiante.

Et à aucun moment je n’ai songé : « as-tu pensé à remettre l’objectif sur le mode autofocus après l’avoir utilisé en manuel tout à l’heure pour photographier dans la Suite ce plateau d’accueil bourré de chocolats et de petits fours ?« …

Mais voilà…

On peut faire 25 ou 30 000 photos par an dans le monde entier et en toutes circonstances. On peut jouer depuis des années avec de multiples objectifs et deux appareils-photos. On peut avoir déjà filmé des feux d’artifice pour les mettre en ligne,… Il n’empêche qu’on peut aussi faire une grossière erreur de débutant ! L’une de ces erreurs qui vous donnent envie de vous coller des baffes.

Un malheureux bouton-poussoir resté sur la position « manuel », et adieu la netteté. Toutes mes séquences sont floues, comme si le feu d’artifice s’était dilué dans un flot de larmes… Les miennes !

Quelle andouille !!!…

C’est le genre d’erreur qui me fait rugir, jurer, tempêter. Mes voisins de chambre doivent être Chinois, tant mieux (ceci étant j’aurais sûrement élargi leur vocabulaire ce soir).

Alors une fois devant mon écran (celui du Macbook Pro) j’ai d’abord renoncé à vous montrer ce film. Puis je me suis dit qu’il ne s’agit pas seulement de mon film, mais du feu d’artifice, et pas n’importe quel feu d’artifice : celui tiré pour le nouvel an chinois, à Hong Kong. Alors peut-être faut-il mettre ma fierté de côté et vous le montrer tout de même ?…

Après quelques minutes de calme et de réflexion, je me dis que finalement vous aimerez peut-être voir ce film, au moins pour l’ampleur du feu d’artifice de Hong Kong, pour entendre ce bruit. Celui, énorme, qui roule et rebondit entre les tours de la ville, depuis Kowloon (en face) jusque sur l’île de Hong Kong (sur laquelle je me trouve ce soir).

Alors tant pis pour la qualité, voici tout de même les images, la mort dans l’âme…

Le feu d’artifice a duré 25 minutes, je vous montre les dix premières minutes. Si vous le désirez je vous montrerai les 15 dernières minutes plus tard, sachant que le final était impressionnant, autant à entendre qu’à regarder. Mais à vous de me dire si vous souhaitez le voir ou si vous préférez vous abstenir, ce que je ne vous reprocherais pas…

 

 

Après avoir accompagné sur sites de nombreux réalisateurs et cameramen pendant quelques années j’étais déjà convaincue que produire des séquences vidéo dignes de ce nom est un métier à part entière. Je respecte les meilleurs d’entre eux, et j’ai beaucoup appris auprès d’eux tout ce qui touche à la lumière, au cadrage, au message que doivent transmettre les images. Malheureusement ce soir je suis tombée dans le piège de l’erreur fatale. Je vous présente toutes mes excuses…

Malgré tout, à vous qui souhaitez photographier un jour le feu d’artifices du nouvel an chinois à Hong Kong je recommande de réserver une chambre pour une ou plusieurs nuits selon votre budget à l’hôtel Grand Hyatt Hong Kong. En prenant soin de réclamer une chambre face à la baie et le plus en étage possible.

 

J’invite ceux d’entre vous qui ont bien ri à lire quelques autres articles dédiés au métier de photographe en cliquant sur ce lien : les déboires d’une photographe. Il faut toujours conserver le sens de l’humour et savoir faire preuve – après coup – d’auto-dérision pour se relever le lendemain et poursuivre les efforts entrepris !

PS : merci à tous ceux qui ont eu la gentillesse d’inscrire ci-dessous un petit commentaire pour me consoler et à ceux qui ont raconté également leurs déboires de photographe (amateur ou professionnel !). Je me sens moins seule ! 😉

Envie d’en apprendre davantage sur mes voyages à Hong Kong ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en février 2011 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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