Je suis sûre de moi puisque je n’ai pas le vertige et je sais que l’Homme a vérifié tout ce qui peut devenir un accident potentiel : pas de danger ! Il n’y a plus qu’à basculer le corps au-dessus du vide, tirer sur la corde, placer les pieds sur la roche à hauteur des genoux en station debout et apprendre à se laisser glisser jusqu’en bas. C’est-à-dire 20 mètres plus bas, à l’aplomb de cette petite falaise de calcaire, à 5 minutes de notre nid douillet dont je n’aurais pas dû m’éloigner en cette radieuse après-midi de vacances de la Toussaint !

L’Homme a une vision très personnelle des vacances enfants : il leur faut absolument des activités de plein air extra-ordinaires, au sens propre du mot. C’est-à-dire que pour l’Homme, un simple pique-nique en forêt ne présente aucun intérêt. Non. Il faut du mouvement, de l’exercice, de la découverte, de quoi en rêver toute la nuit suivante. Voire, la précédente…

Et cette fois, nous prenons tous les trois notre première leçon de descente en rappel : des cordes fixées sur des pitons ancrés dans la roche ou enroulées autour de troncs d’arbres, un baudrier qui vous scie les cuisses sévèrement, la capacité musculaire pour vous hisser avec les jambes et les bras (muscles… ça s’écrit comment déjà ?!), et surtout la volonté d’arriver en bas, sans hématomes si possible. Pas évident.

La petite est encore trop jeune (6 ans) pour intégrer tous les principes mais elle grimpe déjà très bien à mains nues et ne connait ni appréhension ni hésitation. Parfois un soupçon de frayeur vite canalisée par son père. Il faut dire qu’il l’accroche littéralement comme un petit cochon sur son baudrier à lui et la descend suspendue, une promenade de routine (pour elle) et des efforts importants (pour lui).

L’aîné est très motivé : l’image du père-exploits est très forte chez cet enfant et il veut montrer qu’il peut y arriver. Et puis comme tous les garçons il aime l’exercice physique et la perspective de se dépasser un peu n’est pas pour lui déplaire. Donc il passe en premier, écoute tous les conseils de son père et entame sa descente. Quelques petites hésitations, mais il parvient sans encombre 20 mètres plus bas sous nos applaudissements. Le gamin est tout fier de lui du haut de ses 10 ans, et c’est attendrissant.

Viens mon tour… Avec toutes les aventures dans lesquelles l’Homme m’entraîne, il semblerait que mon intérêt soit d’apprendre cette activité extrêmement usante que l’on appelle la descente en rappel. C’est oublier, dans ce terme, qu’il y aura donc aussi forcément une remontée en rappel. Et ça…

J’ai bien écouté la leçon prodiguée à l’aîné, entériné tous les points qui pourraient poser problème, et je grimpe au-dessus de la falaise en la contournant. Je fixe mes harnais, baudrier, etc… je vérifie qu’il s’agit bien de la bonne corde de sécurité puis je fais un signe de la main au garçon qui attend de voir si je vais m’en sortir mieux que lui ou non, et comme tous les enfants du monde, il aimerait me voir trébucher. Moi, avec mon fichu caractère, d’une part je n’ai pas peur, d’autre part je me dis qu’il faut absolument que je maîtrise cette technique pour être efficace le jour où… et ensuite comme je suis sous le regard du père et du fils, je ne me donne pas le droit à l’erreur.

J’entame ma descente sans problème, j’ai bien compris le mode d’emploi, et ça me semble faisable. Jusqu’à ce p… de rocher qu’il faut contourner pour retrouver la paroi lisse et descendre dessous. L’aîné avec sa petite taille a bien géré ce contournement. Moi avec mon mètre soixante-dix et mon inexpérience, je roule littéralement sur le rocher et je m’écrase comme une grosse bouse sur la paroi ! Me voilà suspendue comme un goret à 15 mètres du sol le long d’une paroi sur laquelle j’éprouve quelque difficulté à reprendre pied.

Je suis un peu vexée. Et l’Homme entre-temps s’occupe de son fils à nouveau, donc je suis à la fois satisfaite qu’il n’ait pas assisté à cette gamelle peu reluisante et en même temps un peu contrariée qu’il ne soit pas disponible pour m’orienter. Rapidement, je fais fi de cette douleur au coude qui m’irradie le bras, et je reprends ma descente sans encombres cette fois. Arrivée en bas, je me dis qu’il faut que je maîtrise ce passage délicat, et je remonte aussi sec le petit chemin de chèvre qui permet de retrouver le sommet de la falaise. L’Homme est plutôt gentil : « tu t’en es bien sortie« . Mouais… pas sûre.

Le garçon fait sa 2ème descente pendant que je souffle un peu. Et je fais l’inventaire de mon état physique. Les mains sont mises à rude épreuve, le coude est douloureux, je me suis griffée au poignet et j’ai un genou qui a dû exploser… C’est dur le calcaire…

Ma seconde descente se fait sans souci particulier. Et je me dis qu’il faudrait maintenant m’entraîner sur plus difficile. Mais les problèmes surviennent avec l’apprentissage de la remontée. Parce que descendre c’est faisable, mais remonter c’est moins évident : il faut hisser votre poids (plus celui de votre sac à dos et du matériel d’exploration parfois) à bout de bras, en vous tractant à l’aide de la corde et d’un bloqueur et en vous aidant de vos jambes jusqu’à tendre à mort les muscles des cuisses que vous n’avez peut-être plus…

Le garçon connaît quelques difficultés à la remontée et c’est compréhensible puisque la technique pour utiliser la corde et le bloqueur (qui vous évite de dégringoler jusqu’au sol d’un seul coup si jamais vous faites une erreur) est tout de même simple quand on écoute, mais plus difficile à mettre en pratique. Il faut utiliser ses deux mains en alternance en intégrant au passage l’utilisation de vos jambes. Mais il se hisse malgré tout vaillamment jusqu’en haut de la falaise. Il faut rappeler que l’Homme se tient à mi-chemin sur la falaise, pour nous coacher au mieux.

A mon tour !… J’ai bien fixé les cordes, les mousquetons, etc… Ma sécurité est assurée. Au pire, j’y perdrais mon amour-propre.

Pour les trois premiers mètres, tout se passe bien puisque la paroi est légèrement inclinée et que je peux quasiment me tenir debout… Première erreur : en rappel, on doit avoir la station assise, c’est-à-dire que votre postérieur doit être à l’extérieur, dans le vide, et vos pieds doivent être sur la paroi, à hauteur de vos cuisses. Ensuite, vous faites glisser votre bloqueur vers le haut de la corde, puis vous vous hissez à la force des bras et des cuisses. Et vous recommencez pour gagner 50 centimètres de plus.

Mais subitement, et malgré les remontrances de l’Homme, je bloque vers 15 mètres, à nouveau sur ce p… de rocher qui encombre le passage. Je le ferais bien sauter, mais j’ai oublié la dynamite dans la voiture. Je cafouille, m’emmêle dans mes cordes, bloqueur, mousquetons, etc… et surtout je m’énerve : j’ai un gros défaut, lorsque j’aborde quelque chose de nouveau, je veux savoir le maîtriser correctement, tout de suite ! Et parfois, c’est impossible. Donc je râle, je peste, j’enrage. Suspendue comme un porcelet au bout de sa corde… Heureusement pour moi les enfants sont maintenant occupés à dévaler une paroi inclinée de trois mètres qu’ils ont surnommée le toboggan et qui leur sert à user littéralement leur fond de pantalon. Je n’aurais au moins pas de moqueries supplémentaires ce soir au dîner ni pour les 10 ans à venir !… 🙂

L’Homme réussit enfin à me faire retrouver la bonne manipulation, même si je gronde de n’avoir pas su m’en sortir toute seule, et je réussis à utiliser la force de mes bras pour atteindre le sommet de la falaise. Heureusement la nuit commence à tomber et il fait un peu frais, il est temps de lever le camp et de rentrer à la maison. Sinon, j’aurais refait tout de suite cette remontée pour essayer de réussir sans trop de difficultés cette fois. Pour l’instant, je suis frustrée : je sais que je ne serais pas capable de faire une remontée si je devais la faire demain dans une situation d’urgence, je ne maîtrise pas.

Par ailleurs je décide illico que j’attendrai que l’Homme soit désormais totalement disponible pour se consacrer à ma formation : gérer deux enfants + sa femme, c’est trop pour un seul homme. Même pour lui.

Mais en préparant l’énorme plat de spaghettis bolognaise du dîner, je constate que les muscles de mes cuisses crient au scandale et qu’il faudrait faire quelques haltères pour être en meilleure condition physique. Pendant deux jours je souffrirai de ce coude qui s’est écrasé sèchement sur la paroi. J’aurai aussi des bleus sur les mollets et sur les cuisses. Les muscles seront durcis par l’effort soudain et donc douloureux. Et je m’apercevrai grâce à cette douleur que finalement, j’ai encore des muscles fessiers ! Mais si je réussirai à décliner l’offre insistante à faire de l’accro-branches deux jours plus tard (je ferai par contre toutes les photos !), je ne couperai pas à l’initiation spéléo de la fin de semaine. Et ça, croyez-moi… c’est encore plus grand !

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