Tout Parisien a des a priori sur les Marseillais (et vice versa !). Mais à part leur conduite totalement imprévisible, et parfois dangereuse, il faut les vivre un peu pour se faire une opinion. Et ma foi, au premier contact, le Marseillais peut se montrer… aussi rugueux qu’un oursin épilé !

Il faut apprendre le langage local et savoir aimer les spécialités corses (le Corse est légion ici !), il faut apprécier la nonchalance et les coups de gueule intempestifs. Parce que le Marseillais a tendance à s’enflammer aussi vite que le maquis de l’arrière-pays. Un soupçon d’étincelle et on en viendrait aux mains ! Le tout avec l’accent façon Pagnol.

Le Marseillais n’aime pas la femme au volant : sitôt que vous prenez l’initiative de tournez à gauche (et que vous le faites dûment attendre derrière, et surtout si vous êtes dans votre bon droit !), vous êtes violemment klaxonnée et interpelée ! Et si en plus vous êtes au volant d’une voiture massive (genre 4 x 4), les noms d’oiseau volent bas !

La serveuse marseillaise juge votre choix de menu en vous apostrophant allègrement « et pourquoi vous voulez du gratin de fruits de mer ? vous pouvez le faire chez vous ça ! prenez plutôt les moules cuites au four, ça vous changera !« . Et pourtant… le gratin de fruits de mer est bien sur la carte…

Le chauffeur de taxi qui a eu du mal à trouver votre adresse le matin où vous devez prendre un vol à l’aéroport à 6:30 vous laisse choir devant chez vous avec tous vos bagages quand vous lui demandez pourquoi il arrive en retard.

Les minettes marseillaises qui font les belles sur la plage se font un plaisir de parler de leurs amants, à voix haute et distincte, afin de mieux se mettre en valeur. A l’écoute des deux familles avec enfants qui traînent alentours. Elles comparent la grosseur de leurs seins respectifs, fument un joint entre copines, et s’esclaffent bruyamment à propos de leurs relations avec leur mère.

Mais que dire du couple de vendeurs de fruits et légumes auquel nous rendons visite plusieurs fois par semaine depuis plus d’un an ?… Il s’agit de deux frères, qui se ressemblent fortement, au propre comme au figuré. Sans doute Corses d’origine si j’en juge par les spécialités mises en vente. Mais des Corses façon Astérix !… Plus muets que des terroristes en cavale, aussi souriants que des ficatelli en fin de vie. Mais avec des fruits et légumes de qualité irréprochable (pas comme leurs prix…). Ils sont capables de vous fournir des cerises (d’Italie) à Noël, des asperges et des cèpes toute l’année, et privilégient les produits méditerranéens (Nice, Lubéron, Corse). Autant le dire, il s’agit de l’un de nos fournisseurs favoris. Mais au bout d’un an ils commencent depuis quelques jours à me dire bonjour quand j’arrive (j’ai même eu droit à l’ombre d’un sourire hier !), à oser commenter leurs fraises gariguettes quand j’en demande (« prenez les autres… celles du Lubéron« ) et à pousser le geste jusqu’à porter mes sacs jusqu’à la voiture (à 3 mètres de là). Et depuis qu’ils ont appris par d’autres clients que l’Homme « fait de la télé », ils sont carrément amicaux, mais sans obséquiosité. Il fallait juste se faire adopter (avec notre accent parisien et notre enthousiasme de nouveaux-nés).

Je passe aussi sur ce groupe de secrétaires au laboratoire d’analyses qui commentaient leurs lunettes de soleil alors que j’attendais patiemment qu’on s’occupe de moi. Et j’ai savouré l’accent marseillais lorsque j’ai entendu l’une d’elles dire « j’ai acheté ma paire de Gucci… je vais faire ma Paris à l’anniversaire de ma mémé… » (comprendre : Paris Hilton, jet-seteuse mondaine réputée pour sa cervelle de puce). Quelques secondes plus tard, voyant deux jeunes ados maghrébins uriner royalement sur les troènes devant le laboratoire, elle commentait d’un ton assuré : « moi je vous le dis, ce sont des primates !« … évidemment, sans le son, c’est moins exotique. Mais croyez-moi sur parole…

Au final, il faut comprendre que les Marseillais ont besoin d’adopter. Si vous faites partie de la famille, ils peuvent être de grands enfants, généreux, accolades et embrassades à l’appui. Nos voisins sont sympathiques, serviables, enthousiastes, en un mot adorables. Et la plupart des Marseillais, jeunes ou vieux, qui abordent l’Homme avec empressement sont toujours spontanés et chaleureux. Moins distants que les Parisiens qui reconnaissent et reluquent de loin, sans mot dire, mais avec insistance et yeux exorbités.

Le Marseillais gagne à être connu. S’il pouvait juste cesser de me klaxonner chaque fois que je suis seule au volant, ça m’éviterait de sursauter bêtement sur mon siège quand je conduis !

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