Récit plongée île MauriceAujourd’hui je suis dans l’Est de Maurice, sur la plage d’un hôtel somptueux pour découvrir des sites moins connus du grand public, en compagnie de Jean-Michel Langlois qui est l’un de mes meilleurs amis et le directeur du centre de plongée Blues Diving, à l’hôtel Belle Mare Plage. Ce matin il me propose une plongée originale, dans la Passe au bout du lagon, et le courant nous surprend dès la mise à l’eau : l’une des plongées remuantes de l’Est…

Carangue de l’île Maurice

Il faut palmer fort pour se mettre à l’abri des récifs, se cacher dans les failles ou se faufiler dans les petits canyons, tout en se protégeant de ses mains pour ne pas se faire griffer par les coraux au gré des caprices du courant. Nous croisons un gros banc de carangues dirigé par la plus grosse carangue que j’aie jamais vue !… Jean-Michel estime qu’elle pèse dans les 30 kilos, je suis sidérée par sa taille démesurée !

Et puis je découvre pour la première fois, à l’arrière de ce banc important un poisson d’environ cinquante centimètres de long, noir avec un large T blanc sur les flancs, ponctué sous la nageoire dorsale de trois gros pois blancs. Jamais vu non plus !… Finalement ils sont deux et broutent le corail tranquillement ; l’un d’eux se laisse approcher doucement et voyant que je ne bouge pas ni ne respire plus (j’en ai même « oublié » Jean-Michel resté un peu en arrière), vient à quelques quarante centimètres de mon masque. Nous nous observons tous les deux, il me fixe de son regard globuleux puis je lâche enfin quelques bulles essentielles à ma respiration et il s’éloigne dédaigneusement pour reprendre son repas. Etonnant…

Poisson perroquet de l’île Maurice

Jean-Michel me rejoint et nous naviguons au gré du courant entre bancs de poissons, perroquets curieux et parmi les coraux que je trouve en meilleur état que dans l’Ouest, et de plus grande variété : plateaux de corail, corail-cerveau, corail-cuir, coraux mous mais peu d’alcyonnaires. Beaucoup d’éponges, du jaune, du vert anis, du bleu de méthylène, du rouge. Mais j’ai beau chercher, fouiller les anfractuosités, pas une seule crevette, pas de langouste, aucun petit crustacé.

Ce qui me frappe en dehors de l’abondance des coraux, c’est la multitude d’étoiles de mer ! Je m’arrête de compter à huit. J’en ai même vu une à quatre branches seulement et une autre à six branches !!! Il faut savoir que les étoiles se régénèrent toutes seules lorsqu’elles perdent un membre.

Et j’ajouterai une énorme acanthaster à mon diaporama du jour, cette étoile de mer dévoreuse de corail dont la Méditerranée est infestée au point qu’il y a des campagnes de pêche d’acanthasters organisées par les centres de plongées et les laboratoires marins pour éviter la destruction totale du corail ! Jusqu’à présent je n’en avais vu qu’une aux Maldives, mais jamais sur Maurice. Et celle que j’ai vue aujourd’hui était aussi large et ronde qu’une poêle à frire ; huit branches hérissées de piquants, vert sombre, elle ressemble à une couronne d’épines. Pas belle, mais impressionnante.

Et puis deux nudibranches citrine.

Visibilité moyenne, ambiance verdâtre. La même chose que la semaine dernière. Jean-Michel me garantit que d’habitude l’eau est bien plus claire et je lui fais confiance.

Après cette plongée, il m’entraîne pour une balade en PMT dans le lagon pendant que certains de ses clients font un baptême. Lagon de deux ou trois mètres de fond, dans une eau cristalline. Le skipper du semi-rigide nous dépose au-dessus de tables de corail-plateau superbes, en parfait état. Un peu plus loin nous surplombons des coraux-cerfs et quelques coraux de feu. Puis quelques touffes de corail bleu lavande et surtout quelques branches de corail rose thyrien ! Etonnant.

Une petite faune récifale s’agite en sarabande sous les rayons du soleil qui miroite en surface. Un poisson à bec d’oiseau, des demoiselles bleu et jaune, des sergents-majors, des anthias roses ou oranges… Puis j’accompagne pendant plusieurs minutes un petit banc de bébés barracudas ! Ils mesurent entre vingt et trente centimètres de long, blancs presque translucides mais déjà cet œil froid et noir, presque trop gros par rapport à la taille de leur tête allongée. D’abord hésitante sur l’identification de ce banc d’une bonne centaine d’individus, c’est cette queue caractéristique et cette façon de se mouvoir par à-coup, d’un coup de queue, qui m’ont renseignée… De mini-missiles.

Déjeuner au restaurant de la piscine du Belle-Mare. Pour ne pas manger la même chose que la dernière fois, j’ai choisi cette fois un gâteau au crabe et au manioc, agrémenté d’un hachis d’échalotes et de citronnelle, et accompagné d’une belle salade mesclun toute fraîche au vinaigre balsamique et d’un petit rougail de tomate-oignons. Un délice !… Suivi du fondant au chocolat de la dernière fois avec sa boule de glace à la cannelle. Miam.

L’un des avantages du centre Blues Diving, c’est que l’on dispose d’un grand bac de rinçage sur place et surtout de deux douches en plein air pour se rincer. Mon matériel a ainsi séché pendant une bonne heure, suspendu dans la courette intérieure, et j’ai passé cette heure à tenter le démêlage de ma crinière qui regimbe après les trois plongées du jour, sous l’œil admiratif ou goguenard des Mauriciens du boat-house mitoyen. Certains ont demandé en créole aux moniteurs de Jean-Michel si j’étais leur pêche du jour : ils n’avaient jamais « pêché de sirène avant ce jour !« … Hum…

Retour vers Trou aux Biches en compagnie de l’assistante de Jean-Michel et de Carine, sa monitrice qui rentre vers la France à la fin du mois. Partageant ma gourmandise quasi légendaire Jean-Michel tient à s’arrêter sur le chemin de retour à la pâtisserie musulmane : il tient à me faire goûter cette fois le gâteau-coco (une délicatesse de lamelles de coco fraîche finement émincée mêlées à du sucre en poudre et agglomérées entre elles par le colorant rose vif ou vert fluo si cher aux Indiens !) et un truc qui ressemble à du toujon catalan sans en être, sorte de poudre compacte au goût de safran (bof…). Sans compter le petit beignet frit dans l’huile qui ne présente strictement aucun intérêt. Retour dans la bonne humeur comme d’habitude, avec les plaisanteries de Jean-Michel. Une journée très agréable, et en bonne compagnie…

 

extrait de mon journal de plongeuse, île Maurice
(20 février 2003)

 

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