Plongée requins île MauriceTurquoise, indigo, azur,… Toutes les nuances de bleu sont représentées dès que j’évoque les îles au soleil en général, et l’île Maurice en particulier. Et ce matin, c’est encore plus vrai : l’anti-cyclone qui sévissait sur la côte Est s’éloigne doucement et permet au lagon de retrouver un semblant de calme. Les résidents de l’hôtel Belle Mare Plage s’installent sur les chaises longues de l’immense plage, l’une des plus belles de l’Est, puis ils entrent dans l’eau, immanquablement attirés par le jade qui agit sur le moral avant même de vous caresser les chevilles. Mais mon regard ce matin s’égare un peu plus loin, au-delà du récif, là où le bateau ne pouvait pas s’engager ces derniers jours : au large. Ce matin, je plonge. Suivez-moi…

île Maurice requins

Si hier j’ai souffert de quelques ajustements incompréhensibles aux voyages dans différentes mers du globe (changement de masque, lestage en fonction de la salinité de l’eau, mal de mer incontournable), ce matin je suis déjà presque sereine avant même la mise à l’eau. Je retrouve ici mes réflexes du passé, de ces centaines de plongées effectuées dans ces eaux mauriciennes qui m’ont offert tous les plaisirs, et tant de belles rencontres. D’autant que ce matin Jean-Michel Langlois a déjà ce sourire en coin qui augure d’une belle surprise.

Chez Blues Diving on ne plaisante ni avec la sécurité, ni avec le confort. Et il a beau être l’un de mes amis, ou peut-être parce qu’il l’est, il m’attribue d’office l’un de ses meilleurs moniteurs : Ricardo, un ange de douceur et de discrétion, doublé d’un coach attentif. Ne vous fiez pas à son sourire, ni à celui (communicatif) des skippers, chez Jean-Michel on ne fait pas semblant d’être amical avec les touristes : ici on prend soin des plongeurs parce qu’on tient à ce qu’ils passent un bon moment, dans les meilleures conditions. Mais je vous reparlerai de Blues Diving plus en détail dans les jours à venir.

Plage du Belle Mare Plage

Nous sommes en tout petit comité, trois plongeurs, et trois moniteurs. Le grand luxe. Et tandis que les bouteilles sont chargées sur le semi-rigide qui attend au bord de la plage, je surprends un mot en créole, aisément identifiable. Et je souris à mon tour, avant d’attraper mes palmes pour aller embarquer…

Comme hier nous traversons le lagon très rapidement et Didier s’arrête une minute avant l’entrée de la passe, plus agitée. Il est temps pour nous d’enfiler les palmes, d’ajuster les masques, de serrer les gilets. Chaque moniteur est concentré sur son plongeur, dans une bonne humeur qui n’exclue pas le sérieux et l’ordre. Pas de précipitation, le plongeur est mis en confiance.

Centre de plongée Blues Diving île Maurice

Lorsqu’ils sont à leur tour dûment équipés, Didier, casquette vissée au-dessus des yeux, relance les moteurs et part à l’assaut de la passe qui le défie, droit devant : d’abord un tourbillon tumultueux, puis des vagues qui enflent, enflent,… jusqu’à obliger l’embarcation à se dresser sur une crête et redescendre de l’autre côté en douceur. Maîtrisant parfaitement les caprices de l’océan indien qui se rebiffe devant cette tentative d’intrusion dans ses eaux poissonneuses, Didier négocie les creux d’un mètre cinquante, en silence mais avec application. A bord, plus personne ne dit mot et ce n’est pas de la peur : nous sommes juste saisis par la beauté de l’instant. Notre équipement sur le dos, même si nous devions passer par-dessus bord, nous ne serions pas forcément en danger.

Une minute plus tard, tandis que nous sommes suffisamment à l’écart de la célèbre passe de Belle Mare dont je vous reparlerai sous peu, nous recevons l’ordre de mise à l’eau : décompte, 3, 2, 1,…
L’eau bouillonne, nous descendons très vite cinq mètres plus bas, le temps de nous regrouper, et d’ajuster nos équipements. Nous sommes déjà moins chahutés, même si la visibilité reste un peu troublée. Il est temps de descendre plus bas… Un signe, puis nous purgeons nos gilets pour en libérer l’air.

Très vite nous arrivons sur un dédale de failles et de canyons dans une profondeur de 20 mètres maximum. Comme si la roche s’était rompue là, en de larges cicatrices laissant tout juste le passage d’un plongeur. Ravis, nous fouillons les anfractuosités du regard, cherchant les crevettes, les nudibranches, tous ces petits habitants qui font la richesse des lieux.

Un ballet de poissons de récifs nous environne, demoiselles aux flancs vert d’eau, papillons aux couleurs d’agrumes, poissons perroquets nacrés. J’entre dans une faille, allume ma lampe pour restituer les couleurs chaudes qui manquent à cette profondeur et je joue avec un petit poisson ange rayé de mauve attiré par la lumière froide de mon rayon lumineux. Mais Jean-Michel m’interpelle déjà, quelques mètres plus loin.

Je comprends à ses signes kabbalistiques qui lui sont très personnels qu’il s’agit d’une langouste. Mais attention pas n’importe quelle langouste : je découvre ici un morceau quasi monstrueux, de ceux qui ne se dévorent plus tant ils semblent robustes (et donc âgés), une bête de course estampillée « jamais attrapée ». Sous mon petit phare elle se montre peu farouche et semble prendre la pose devant l’appareil photo de Jean-Michel, agitant ses longues, très longues antennes comme pour mieux se mettre en valeur. Des antennes plus longues que mon bras !

langouste ile Maurice

Les couleurs et motifs de sa carapace me fascinent presque : je n’avais jamais eu l’occasion de détailler une langouste aussi respectable et j’ai presque l’impression que la dame, Lady des lieux, me scrute d’un œil tout aussi interrogateur. Je n’ai vu qu’une langouste plus grosse, au cours de toutes mes plongées antérieures : c’était dans l’archipel de Fernando de Noronha, au large du Brésil. Mais celle-ci s’était vite esquivée, apeurée par les gros phares du caisson sous-marin de notre cameraman. Et soudain je me souviens que l’équipe de Blues Diving a surnommé ce site Lobster Canyon, le canyon aux langoustes.

Sur le bateau les hommes d’équipage affirmeront avec force qu’un tel morceau n’est plus bon à consommer, sa chair étant devenue trop ferme. J’aurais presque envie de les croire, même si quelque part, ma gourmandise me souffle qu’elle doit bien avoir une certaine saveur…
Canyons sous-marins de l\'île Maurice
Je suis Jean-Michel qui sait parfaitement où il va dans ce dédale de conduits étroits. Il sait que j’aime le tout petit, et me montre une anémone charnue trois minutes plus tard. Je ne suis pas blasée (je m’y refuse !) mais il y a longtemps que je ne m’attendris plus devant les poissons-clowns, aussi audacieux soient-ils. Je m’apprête donc à m’éloigner quand mon ami me retient : d’un doigt, il soulève la jupe de l’anémone et m’incite à y regarder de plus près. Un délicat petit crabe porcelaine au dos rosé et marbré agite ses minuscules pinces. Il cherche à fuir, se dissimule dans les replis grassouillets de l’anémone, mais je le poursuis à mon tour. C’est alors que je découvre sans doute l’objet de sa prudence : un juvénile, un amour de mini crabe que je prends soin de ne pas écraser !… Pour le plus grand plaisir de Jean-Michel qui jusque-là n’avait jamais aperçu le juvénile. Nous les observons quelques minutes, dansant habilement sous les lèvres de l’anémone, esquivant les regards, revenant nous espionner, et disparaissant de nouveau.

Poissons clowns de l\'île Maurice

Quelques mètres plus loin, nous suivons un léger tombant en pente douce, colline couverte de coraux durs et mous, avec quelques gorgones de petite taille. Un banc de carangues chasse dans le bleu sur notre gauche, au-dessus du fond de sable. Trois chirurgiens sombres se hasardent à les suivre, puis s’éloignent à tire de nageoires ! Un couple de fusilliers, puis deux, puis cent s’approchent en rangs serrés, nuage compact de rayures jaunes fendant l’eau bleue avec détermination quand soudain, le banc se disperse comme la fleur d’un feu d’artifice qui exploserait en plein ciel !

Immédiatement, derrière, nous apercevons la silhouette élancée d’un prédateur de choix : le requin est là, puissant, effilé !

Requin de l\'île Maurice

C’est un jeune, à peine un mètre vingt de long, les flancs rebondis : est-ce un mâle repu ou une jeune femelle ? Nous suspendons notre promenade pour l’observer un moment, profitant de ces rares moments dans la vie d’un plongeur où le requin passe à proximité : parcourant la colline sans hâte, il hume, se détourne, cherche, rôde, et s’éloigne… Les fusilliers ne seront pas à son menu et je me demande quel serait l’équivalent de la langouste pour ce squale gourmand (et gourmet ?…).

J’ai tout juste le temps de songer « jolie plongée » quand un alter ego surgit du grand bleu : au-dessus du fond de sable, sur notre gauche, s’avance un autre requin un peu plus vif que le précédent, un peu plus jeune aussi. Plus curieux (ou plus audacieux ?), il s’approche de nous suffisamment prêt pour permettre à Jean-Michel de faire une jolie photo avant de se détourner avec un mépris bien marqué : est-ce l’odeur du néoprène qui n’est pas à son goût ou nos bulles l’ont-elles effrayé ?

En baissant les yeux je vois alors le troisième requin, plus petit : tout juste un mètre de long, il frétille littéralement sur le fond de sable, file, revient, se précipite vers la colline de coraux, renifle à droite, à gauche, par petits mouvements brusques, puis s’éloigne, revient tourner une minute au-dessus de nos têtes, s’approchant à moins d’un mètre cinquante, puis rejoint ses deux compères dans le bleu avant de disparaître…

île Maurice requin pointe blanche

Nous avons beau scruter le paysage, ils ne reviendront pas. Il est alors temps pour nous de consulter nos ordinateurs de plongée et nos manomètres : 50 minutes d’immersion, une eau à 23°, il me reste encore suffisamment d’autonomie pour faire vingt ou trente minutes de plus, mais mes compagnons plongeurs ont eu leur ration d’émotion. Il faut remonter.

Au palier je tente de faire le point, chahutée par un léger vertige qui va m’obliger à me tenir au bras de mon jeune moniteur, le temps que le malaise passe. Je comprendrai le lendemain matin qu’il me faut renoncer à un remède supposé faciliter le passage d’oreilles pour éviter ce genre de désagrément. Ce sera chose faite. Je reviendrai aussi à mon ancien masque, celui dont les verres ne sont pas à l’oblique, sans distorsion de vision. Une fois ces petits soucis détectés, puis résolus, je pourrai reprendre le cours de mes plongées, avec le même plaisir intact que quelques mois auparavant.

J’ai vécu ce matin-là une bien belle exploration, tranquille et sereine, en compagnie des langoustes et des requins. Une plongée qu’on envierait. Mais sur le bateau les moniteurs me confirmeront que ces « ‘ti rekin pointe blansss » (en créole dans le texte) sont fréquents sur ce site de Lobster Canyon. Et je me promets aussitôt de revenir, bientôt, en compagnie d’autres demoiselles…

Vous êtes partantes les filles ?…

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