Mon premier voyage en ChineLorsque j’ai préparé mon voyage en Chine je voulais voir les deux principales métropoles, Pékin et Shanghai, mais aussi des régions touristiques ou plus reculées. L’immensité du territoire chinois permet de découvrir « ce qu’il faut voir » et ce qui correspond davantage à vos goûts personnels. Et rien ne me plaît autant qu’explorer des villages ignorés et établir une communication avec des populations isolées. En ce sens, et puisqu’il s’agissait de mon tout premier voyage en Chine, je voulais voir l’incontournable : les rizières de Longji.

Après avoir passé quelques jours aux alentours de Guilin dans la région du Guangxi, je suis remontée vers l’aéroport afin de rejoindre ma dernière étape en Chine, Shanghai. Mais avant cela je voulais rencontrer ces femmes à la chevelure si longue qu’elles ont été enregistrées dans le livre Guiness des Records. J’ai donc loué un taxi pour la journée (difficile de se guider seule dans la région avec des panneaux écrits en chinois) et je suis partie avant l’aube pour être sur place avant 08:00.

Les Yao font partie des 55 minorités ethniques dénombrées en Chine. Avec plus de 2 millions et demi de représentants (chiffres 2000) répartis sur plusieurs régions chinoises dont Guangxi, Hunan, Yunnan et Ghizou, cette ethnie était subdivisée en une vingtaine de sous-groupes jusqu’à la création de la République Populaire de Chine en 1949 selon leur mode de production agricole, leur architecture, leur mode de vie et costumes traditionnels : Pan Yao, Hong Yao, Pingdi Yao, etc… Regroupés sous le groupe unique des Yao dès 1949, ils sont surtout présents aujourd’hui dans la province du Guangxi.

S’ils disposent de leur propre langue, ils ne savent pas l’écrire et ont adopté les caractères chinois pour ce faire. Pourtant les sous-groupes conservent leur propre dialecte et des Yao ensemble peuvent parfois ne pas se comprendre même si certains parlent plus facilement le chinois.

Les avis diffèrent quant à l’origine des ancêtres des Yao, certains pensent que leurs racines remontent à 2 500 ans au coeur des montagnes de la province de Zhejing, d’autres prétendent qu’ils existent depuis 2000 ans et en provenance du Hunan. Au gré de l’histoire et de l’évolution de la Chine ce groupe ethnique s’est trouvé mêlé à d’autres populations et il émigra tantôt dans d’autres régions, tantôt en direction des frontières du Laos, Vietnam et Thaïlande. En 1970 certains sont partis vers la France, le Canada, et les Etats-Unis.

Mais ce qui attire le voyageur et le photographe, c’est d’abord le paysage dans lequel vivent aujourd’hui les Yao non loin de la région de Guilin. Et les Chinois dans leur volonté de développer le tourisme aussi bien national qu’international ne s’y trompent pas : les villages aux alentours des rizières du comté de Longsheng sont devenues de véritables petites usines à touristes.

Ma première déception, qui m’incombe en totalité, fut de découvrir des rizières… prêtes à moissonner !

Chine, rizières de Longji

J’avais déjà vu des rizières en Indonésie, à Bali, mais je rêvais cette fois de photographier des rizières en eau, de ces paysages façon puzzle, en pleins et déliés, miroitant de reflets d’argent et n’attendant que les premiers rayons du soleil pour vibrer de toute leur beauté. D’une poésie sans pareil. La veille j’avais encore nettoyé mes objectifs avec l’innocence de la voyageuse qui ne s’est pas suffisamment renseignée avant de partir : même si vous êtes coutumier des voyages autour du monde, ne négligez pas la fameuse « bonne saison » ! Elle diffère selon les latitudes mais surtout selon votre centre d’intérêt : en effet, si d’un point de vue climatique vous aimez la saison sèche, peu arrosée, pour profiter du paysage et sortir beaucoup, vous verrez une nature à son stade de développement le plus avancé, proche de la récolte. Mais si vous préférez les paysages embués et les rivières pleines, favorisez le printemps. C’est aussi simple que cela… Sauf que, en nettoyant mon matériel la veille au soir je croisais les doigts pour que les rizières soient en eau en comptant sur ma bonne étoile. Belle déception !

Bref, ma « belle saison » pour photographier les rizières telles que je les voulais, c’est le printemps chinois dans CETTE région du Guangxi. Pas la fin septembre…

J’étais tellement déçue après m’être levée à 05:00 du matin pour parcourir les 2 heures de route jusqu’à Longsheng que je fus bien près de renoncer et de tourner les talons, par dépit. D’autant que, pour avoir le droit de pénétrer à l’intérieur de ces 60 km2 de rizières qu’on peut difficilement apercevoir de l’extérieur, il faut payer un droit d’entrée, ce qui signifie pour moi : zone à touristes ! Et si avant mon départ pour la Chine, et pendant tout mon périple, j’avais été heureuse de savoir que peu de touristes étrangers font le voyage jusque-là, j’ai aussi sous-estimé la puissance – et le nombre – de touristes chinois en Chine…

Chine, femmes porteurs dans les rizières en terrasses de Lonji

Notez que je ne suis pas contre un droit de péage gouvernemental s’il sert à protéger une zone géographique et à soutenir financièrement le développement des populations locales. Mais quand ce ticket d’entrée génère un tourisme de masse organisé, structuré à la Disney dans un pays au tourisme tout juste émergeant, je grimace un peu. Dès que vous passez le tourniquet d’entrée (en laissant bien sûr votre véhicule à l’extérieur sur un parking géant), vous êtes sollicité par une population nombreuse qui tend la main pour vous servir de guide et se chamaille quand l’un s’est montré plus malin que l’autre. Ce n’est pas non plus le fait de payer pour être guidée qui me gêne, mais j’ai été déçue parce que l’image que je me faisais de ce site ne correspond pas (ou plus) à la réalité économique de ce pays en pleine expansion qui tente de gérer son tourisme aux perspectives gargantuesques. Et ce, partout en Chine.

Heureusement, j’ai décidé malgré tout de passer outre et de profiter de cette dernière journée que je devais passer dans les montagnes chinoises du Guangxi. Et je ne le regrette pas.

Il faut être chaussé confortablement pour visiter ces rizières ; certains guides papier annoncent trente minutes de marche, d’autres deux heures. Tout dépend bien sûr du point auquel vous souhaitez accéder. Pour ma part j’ai passé 6 heures trente à grimper sur des chemins de chèvre ou sur des sentiers soigneusement empierrés pour accéder au sommet et profiter d’un paysage somptueux, même si les rizières étaient… pleines de riz !

J’avais donné rendez-vous à mon chauffeur de taxi pour la fin de l’après-midi, je disposais donc de tout mon temps pour explorer, me poser, photographier, bavarder. Et je ne m’en suis pas privée.

Les rizières sont étagées sur un ensemble de collines plus ou moins élevées, culminant à 1 600 mètres d’altitude, la plupart ne dépassant pas les 800 mètres. Aucun véhicule à moteur ne pénètre à l’intérieur de cette région, tout y parvient à dos d’hommes : les denrées, les biens de consommation courante, les matériaux de construction et… les hommes eux-mêmes !

Chine, chaise à porteurs sur les terrasses de LongjiChine, porteurs dans les rizières en terrasses de Longji

Après avoir étudié une carte des rizières j’ai décidé de me passer de guide, n’importe quel photographe vous confirmera qu’il se sent plus à l’aise lorsqu’il est seul : s’il veut s’arrêter dix fois en cinq minutes, il peut le faire sans craindre de lasser son compagnon de route, sans culpabiliser. Je venais pour voir, pour photographier, j’avais besoin de ma liberté. Et vous ne pouvez pas vous perdre sur les chemins qui mènent d’un village à l’autre ; vous parcourez vallons et bosses, vous suez, soufflez, respirez, mais vous passez forcément de l’un à l’autre. Au pire, vous reviendrez au même point. Et puis les sentiers sont balisés, en chinois et en caractères occidentaux ; à vous de repérer les noms des villages, et vous ne passerez pas deux fois au même endroit. La navigation est assez simple…

Chine, habitations traditionnelles dans les villages de Longji

Les villages sont différents les uns des autres, selon qu’ils sont – ou non – facilement accessibles. Dans l’un vous pourrez boire une bière ou un thé vert en échange de quelque menue monnaie, dans l’autre on tentera de vous vendre plaids, écharpes, nuit d’hôtel ou déjeuner dans ce qui pousse ici comme des champignons : les hôtels pour randonneurs, pratiquant des tarifs qui n’ont rien de modeste pour des logis ressemblant souvent à des dortoirs ou à des chambres d’étudiants pour 4, avec salle de douche commune.

Parce que la région est à la mode, j’ai croisé de nombreux Asiatiques qui n’étaient pas tous Chinois, bardés de matériel photographique (des particuliers, pas des professionnels) avec de lourds trépieds et des objectifs parfois monstrueux. Et entre photographes chacun évalue d’un oeil discret la force de frappe de l’autre, et les femmes arnachées de Canon sont rares sur les chemins de Longji… Chaque fois que je croisais un « collègue », j’ai eu droit à des sourires sympathiques, quelle que soit la nationalité asiatique. De la compassion en voyant la taille de mon sac photo sur les sentiers de grimpette ? Peut-être un peu. Mais de toutes façons dans ces collines, tout le monde vous salue, vous sourit, surtout si vous le faites en premier. Le sourire est universel.

Mais… je vous raconterai ma rencontre avec les femmes Yao, et je vous montrerai la vidéo tournée sur place, dans mon article publié ici ! Si vous voulez…

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