Chine, femme Yao, Longsheng province du Guangxi © Marie-Ange Ostré

J’avais repéré le site des rizières en terrasses de Longji sur un documentaire diffusé par une chaîne de télévision française, deux ou trois ans auparavant. Et j’avais découvert la chevelure impressionnante des femmes Yao du Guangxi.

 

Longji, Longsheng,… Quand vous souhaiterez venir dans la région du Guangxi sans doute vous demanderez-vous comment s’appelle le village qu’il faut visiter pour voir les terrasses et rencontrer les femmes Yao du Guangxi. En réalité Longsheng est la base de départ de cette région de rizières, et comme partout en Chine vous trouverez une orthographe des noms plutôt fantaisiste.

Au coeur de ces rizières, un autre village de quelques maisons qui se transforment à une allure sidérante en maisons d’hôtes : Longji.

Les terrasses de Longji, dans le comté de Longsheng, sont situées à moins de 100 km au nord-ouest de Guilin (comptez deux bonnes heures de route) et elles sont cultivées depuis la dynastie Ming par les Yao et les Zhuang. Depuis des siècles les villageois entretiennent et cultivent ces rizières selon des méthodes traditionnelles dont les machines sont exclues.

La taille exceptionnelle, le paysage de ces rizières en terrasses, et le mode de vie des villageois font des rizières en terrasses de Longji un site unique en Asie et dans le monde.

Et puis il y a les femmes Yao, celles qui sont entrées dans le livre Guiness des Records pour leur chevelure. Je voulais les voir, leur parler.

Une petite déception dans ce beau voyage en Chine.

Quand j’ai voulu entamer une conversation ses amies m’ont fait signe de payer encore…

Alors que j’ai pu échanger avec des femmes de tribus rares en quelques endroits du monde, je n’ai rien pu retirer de véritablement enrichissant de cette rencontre avec les femmes Yao qui font désormais commerce de leur parure. Elles vous interpellent partout pour vendre tissages ou broderies, si vous refusez elles ont parfois un geste méprisant et jettent quelques mots qui ne doivent rien avoir d’aimable.

Les Yao font partie des 55 minorités ethniques dénombrées en Chine.

Avec plus de 2 millions et demi de représentants (chiffres 2000) répartis sur plusieurs régions chinoises dont Guangxi, Hunan, Yunnan et Ghizou, cette ethnie était subdivisée en une vingtaine de sous-groupes jusqu’à la création de la République Populaire de Chine en 1949 selon leur mode de production agricole, leur architecture, leur mode de vie et costumes traditionnels : Pan Yao, Hong Yao, Pingdi Yao, etc…

Regroupés sous le groupe unique des Yao dès 1949, ils sont surtout présents aujourd’hui dans la province du Guangxi.

S’ils disposent de leur propre langue, ils ne savent pas l’écrire et ont adopté les caractères chinois pour ce faire. Pourtant les sous-groupes conservent leur propre dialecte et des Yao ensemble peuvent parfois ne pas se comprendre même si certains parlent plus facilement le chinois.

Les avis diffèrent quant à l’origine des ancêtres des Yao, certains pensent que leurs racines remontent à 2 500 ans au coeur des montagnes de la province de Zhejing, d’autres prétendent qu’ils existent depuis 2000 ans et en provenance du Hunan.

Au gré de l’histoire et de l’évolution de la Chine ce groupe ethnique s’est trouvé mêlé à d’autres populations et il émigra tantôt dans d’autres régions, tantôt en direction des frontières du Laos, Vietnam et Thaïlande. En 1970 certains sont partis vers la France, le Canada, et les Etats-Unis.

Si vous vous asseyez pour boire un thé (payé bien sûr), elles affluent et vous harcèlent jusqu’à ce que vous jetiez un oeil sur les livres de photos, les cartes postales, les menus objets qu’il faut marchander.

J’étais intriguée par leur coiffure peu commune, une épaisse torsade de cheveux nouée en couronne sur le haut du crâne, certaines rappelant même la fameuse « banane d’Elvis ». Je voulais voir. Elles ont compris, elles ont marchandé. Cinq euros pour voir les cheveux, et à condition d’acheter autre chose. J’ai acheté un livre, des cartes postales.

L’une d’entre elles a alors très vite dénoué sa couronne de cheveux noir corbeau et je me suis précipitée pour sortir l’appareil photo, j’ai demandé l’autorisation de la photographier, elle a haussé les épaules mais tentait de se cacher de la touriste allemande qui photographiait déjà (sans avoir payé) par-dessus mon épaule.

Tout est allé très vite, les cheveux qui dégringolent en rivière jusqu’à terre, une grosse mèche postiche qu’une amie vient l’aider à fixer en queue de cheval, elle pose pour un déclic, deux, trois, et déjà elle renoue ses cheveux et les remonte sur son front, lissant les mèches, fixant un peigne ou deux. Tandis que l’Allemande s’esquive à l’intérieur du restaurant, sans échanger un mot avec moi.

J’ai eu mes photos. Sans mérite ni plaisir.

Et quand j’ai voulu entamer une conversation par l’intermédiaire de mon guide ses amies m’ont fait signe de payer encore, j’ai fait « non » de la tête, elles se sont éparpillées comme une volée de moineaux. Des moineaux aux cheveux lustrés, si brillants qu’on prétend qu’elle les entretiennent avec de l’amidon de riz.

On dit que leurs cheveux sont leur parure la plus précieuse, que les hommes les évaluent sur la longueur et la beauté de leur coiffure. Elles ne couperaient leurs cheveux que deux fois dans toute une vie : vers 7 ans puis après 50 ans.

J’ai donc repris mon sac à dos et suis repartie sur le sentier des terrasses, croisant des femmes en costume traditionnel moins touristique, usé jusqu’à la trame, aux couleurs moins vives. Celles qui ont un vrai sourire, parfois édenté, un sourire qui monte jusqu’aux yeux étoilés de petites rides creusées par le soleil et la rigueur des hivers enneigés.

J’ai croisé des hommes qui suaient sous le poids d’une chaise à porteur transportant un gras Chinois à cigare, celui qui vous salue de loin bien volontiers et vous fait le signe de la victoire que tous les Chinois adoptent devant un appareil photo.

J’ai photographié des piments qui séchaient au soleil, et des sacs de riz qui prenaient la poussière, celle qui vole dans les rayons du soleil de fin de journée quand les rires d’enfants qui cavalent devant votre apparition vous rappelle que vous êtes aussi une mère. Ces rires qui vous font fondre et qui brisent la glace avec la jeune maman qui vient de voiler son sein.

J’ai déjeuné de nouilles sautées garnies de légumes verts et d’un thé vert en sachet. J’ai humé l’herbe sèche des rizières, et partagé le sourire d’un couple de vieux paysans qui descendaient vers leur rizière. Couverts de leur chapeau pointu, ils se sont serrés l’un près de l’autre pour fumer une cigarette avant de se mettre au labeur. Vision d’un tableau de maître grandeur nature…

Et puis je suis redescendue vers la vallée, vers les boutiques à souvenir dans lesquelles je n’ai rien acheté. Je voulais emporter avec moi le seul souvenir de ces paysages immenses avec ces rizières en terrasse à perte de vue.

Les terrasses de Longji resteront pour moi un souvenir en jaune et vert. Le jaune de l’herbe sèche et le vert tendre d’une fin d’été.

Je reviendrai au printemps pour voir les terrasses en eau, ou en hiver pour les admirer enneigées. Les Chinois ont compris qu’ils tiennent là l’un de leurs sites patrimoine. Ils sont déjà très nombreux à affluer en chaque saison. Finalement, sans doute ai-je bien fait de venir entre deux saisons. Il y avait peu de monde à Longji en cette fin septembre…

Pour conclure sur cette belle journée malgré tout, voici cette vidéo filmée sur place et montée ce week-end (encore une fois, ce ne sont pas des images de pro !) :

httpvhd://www.youtube.com/watch?v=VhFhBh0kG78

Et n’oubliez de lire l’article que j’ai publié hier sur les rizières en terrasses de Longji.

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage en Chine ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en avril 2010 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». Malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à cet article, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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