boulerecit.jpgVous aimez les oiseaux ? Moi, je préfère les poissons des récifs, comme ceux avec lesquels j’ai joué ce matin au pied de l’île d’Ua Huka. Mais dans un film on ne peut pas parler que de poissons, alors laissez-moi vous raconter notre journée sur l’île d’Ua Huka, aux Marquises.

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Au petit matin, une odeur de pain grillée chatouille nos narines et nous extirpe les uns après les autres des étroites cabines du catamaran pour nous amener sur le pont, sous un soleil splendide, face à une petite baie non moins idyllique : nous voici ancrés face à la petite plage privée du maire de l’île. Un cheval marquisien galope à fond de train sur le sable clair, sous les cocotiers qui frémissent sous le soleil, quelques chèvres sauvages grimpent à flanc de crête et l’eau est turquoise : l’image est parfaite !

Sauf que Patrick, malgré tous ses efforts, ne pourra pas accoster, les vagues risquant de faire chavirer le frêle zodiac avec la caméra à bord.

Nous organisons donc notre plongée au pied de l’île aux oiseaux qui dépend de l’île d’Ua Huka, à une nuit de navigation de Nuku Hiva. Deux mantas évoluent en surface, Pipapo, notre guide connu également sous le nom bien français de Xavier Curvat, nous assure qu’elles peuvent être parfois cinquante au pied de cette falaise !… Nous voici tous à l’eau, et Stéphane, notre régisseur, est ravi de nous accompagner pour voir les toutes premières mantas de sa vie (il fut moniteur deux ans à Moorea dans une vie antérieure). Mais… revenons à nos oiseaux !

Après notre plongée (que je vous raconterai, c’est promis), une poignée de jeunes Marquisiens nous amènent au pied de la falaise. Ils s’appellent Victorin, Charles, Léonard, Célestin… et ne dépassent pas la trentaine d’années. Des gaillards costauds, aux R qui roulent, et au rire facile. Mais pour grimper sur l’île il faut déjà atteindre un petit promontoire naturel creusé par le vent et le sel des embruns. Et depuis la barque à moteur qui danse sauvagement sur la houle des Marquises, rien de plus difficile… (voir photo en tete).

Petit à petit, nous réussissons tous à grimper sur le promontoire, avec tout le matériel de prises de vue. Puis je lève le nez et… je découvre une belle corde, en fait une double corde, tellement épaisse qu’une main ne peut en faire le tour. Pourtant il faut grimper à l’aide de cette corde (sans nœuds) à flanc de falaise sur six mètres. Une opération que Jean-Baptiste, notre ingénieur du son et sportif accompli, effectue en deux ou trois bonds de cabri. Trop facile !… Quand mon tour arrive, l’Homme qui est déjà au sommet m’arrête d’une injonction : « non, je veux que tu sois assurée ! »… Grrr… la difficulté d’une femme dans un monde d’hommes c’est parfois d’être sous-estimée (en l’occurrence, aujourd’hui il avait raison). Toujours souriants, les Marquisiens me ceignent la taille d’une fine cordelette et je repars à l’assaut de cette grimpette, avec l’enthousiasme de la quasi débutante que je suis (mis à part quelques entraînements de descente en rappel dans nos calanques marseillaises, je n’ai jamais fait d’escalade). Mais si sur les trois premiers mètres, je réussis à trouver des points d’appui pour mes pieds, les trois mètres suivants sont lisses et quasi sans aspérité, impossible de m’y ancrer pour m’aider à progresser ! Ne reste que la force des bras…

Mais… disons que si je suis sûrement l’une des dactylos les plus rapides de l’Ouest, mes bras ne m’ont jamais vraiment servi à me hisser sur une corde épaisse comme le bras de MacEnroe dans ses heures de gloire. Au quatrième mètre, je cale… l’un des Marquisiens redescend prestement du sommet pour se glisser agilement sur un mini espace qui lui permet d’agripper l’un de mes poignets pour m’empêcher au moins de redescendre illico. Et dans un soubresaut d’amour-propre, ma basket trouve enfin un micro point d’appui et je me propulse d’encore cinquante centimètres ! Là, tout est plus facile : le Marquisien regrimpe vers le haut pour me laisser le petit espace qui me permet de reprendre pied, une reptation, une douleur dans la cuisse gauche, un biceps qui couine et… mes doigts touchent enfin l’herbe au moment où deux mains accrochent chacune un de mes poignets : l’Homme et un autre costaud me tiennent bon sur mon ascension vers le dernier mètre. Je me sentirais toute fière de mon p’tit exploit personnel (eh ! c’est une première pour moi !) si l’œil indiscret de la caméra de Patrick n’était pas là pour me rappeler le ridicule de ma situation ou au moins les efforts fournis pour accéder au vaste plateau que je découvre enfin…

Nous sommes sur le toit de la falaise, une dizaine de mètres maximum au-dessus du Pacifique, sous une nuée d’oiseaux qui volent et piaillent dans un désordre indescriptible. Des centaines, des milliers de sternes cendrées qui vont et viennent à grands cris, avec de grands battements d’ailes. Nous tournons plusieurs séquences au cours de l’après-midi et chaque fois nous progressons au milieu des oiseaux, dont certains nous attaquent à la tête !

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Nos amis Marquisiens en profitent pour ramasser tous les œufs frais qu’ils trouvent, frêles coquilles tachetées de brun, et qu’ils rapporteront à la maison. Ce soir leur mère, ou leur épouse, confectionnera une omelette d’une couleur orangée, et au goût plus fruitée que l’omelette aux œufs de poule que nous connaissons (nous y avons goûté le lendemain matin). Il paraît que les œufs de sternes dans une pâtisserie font miracle…

Nous, Européens, nous faisons de notre mieux pour ne pas écraser les œufs qui jonchent le sol recouvert d’une lande rase, et nous ne savons ce qui craque sous nos pieds, si ce sont les coquilles ou les petites branches de buisson bas. Nous surveillons chacun de nos pas scrupuleusement, tout en n’ayant l’air de rien devant la caméra, pour ne surtout pas écraser l’un des milliers d’oisillons fraîchement sortis de leur coquille ou affichant déjà quelques jours et qui cavalent sous nos pieds. Lors d’une séquence tournée au bord de la falaise, Jean-Baptiste me racontera éberlué qu’il suivait Patrick en voyant les oisillons se précipiter dans le vide, guidés par la frayeur, sans qu’il puisse y faire quoique ce soit ! Les Marquisiens s’en amusent : ici, les oiseaux sont légion et se multiplient à foison. Et puis ils nous montrent : « tu vois l’île en face ? celle-là, elle est interdite ! Personne n’a le droit d’y aller, elle est seulement pour les oiseaux, c’est le maire qui l’a décidé il y a dix ans et tout le monde respecte ça parce que si nous avons le droit de venir ici pour prendre des œufs quand on veut, on n’a pas besoin d’aller en voler là-bas. Et les oiseaux le savent, tous les œufs qui sont pondus là-bas donnent les oiseaux qui viennent ensuite pondre parfois ici. Tout le monde y gagne…« .

N’empêche…

Dans ce décor hitchcockien, j’en suis presque venue à m’attendrir sur la naissance d’un oisillon, en direct sous nos yeux…

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