boulegrrr.jpgC’est un coup de gueule que j’inscris aujourd’hui sur ce blog, parce qu’il faut bien un jour exprimer son mécontentement, voire son mépris, à haute voix pour espérer qu’ensemble un jour nous nous ferons entendre de ces « hautes instances » qui gouvernent notre quotidien de voyageur harassé par tant d’incompétence !

A vous qui lisez mes pages pour y trouver des couleurs et des mots, à vous qui parcourez ces milliers de kilomètres à mes côtés lorsqu’à mon retour je raconte, pour vous qui n’avez encore jamais poussé un chariot de bagages le long des couloirs d’un aéroport, je dois dire notre colère et notre dépit lorsque, après avoir transité par le terminal international de Singapour pour reprendre un vol vers Paris, nous atterrissons au petit matin dans un environnement glacial de métal et de blanc hôpital, avec les files d’attente interminables de l’immigration, le désordre et la lenteur des tapis à bagages, le manque de chariot à disposition des trop nombreux passagers, la signalisation ahurissante des services qui vous propulse d’un terminal à un autre avant de vous y faire revenir, les lignes de navettes conduites par des chauffeurs peu amènes qui ne vérifient pas avant de démarrer que votre douce moitié a bien terminé de charger vos bagages à bord, etc…

Singapour a la réputation bien méritée d’être dotée de l’un des plus beaux aéroports du monde, et des plus efficaces. Moquette épaisse dans tous les couloirs, escalators et tapis roulants (en fonction !), musique légère, boutiques avenantes, restaurants et services de détente à l’étage incluant douches, salons, massages, réflexologie, etc…, jardin d’orchidées pour vous distraire,… En descendant d’avion, le personnel vous oriente directement vers les zones de transit, ou la récupération de vos bagages. En un mouvement fluide vous passerez les contrôles sans attendre et si par hasard le portique se met à biper sur votre passage, le douanier vous invitera avec le sourire à écarter les bras pour une légère palpation respectueuse (faite par une femme si vous êtes du beau sexe). Le sourire, toujours le sourire. Et pour les détails plus triviaux, je vous invite à user des toilettes publiques cleanissimes de cet aéroport où aucun personnel n’est pourtant là pour vous surveiller de près !

Je passe aussi sur le confort et le service de la compagnie nationale, Singapore Airlines pour ne pas la citer ! Je crois n’avoir jamais voyagé dans de telles conditions, en classe économique, sur un vol long courrier : avion extrêmement propre, personnel de bord non seulement souriant mais aux petits soins, et avec efficacité, magazines et presse en nombre suffisant, programmes de films et musiques à la demande (gratuits), repas très satisfaisants, sièges et espacement entre les sièges confortable ! Enfin une compagnie qui ne nous prends pas pour des veaux !

Mais lorsque, une nuit et cinq heures de décalage horaire plus tard, vous atterrissez enfin à Roissy, c’est « bienvenue en enfer » !…

Catapultés dans un environnement froid et austère, bruyant et hostile, vous voici déjà à arpenter des couloirs de labyrinthe semblant ne mener nulle part, encombrés de vos bagages à main puisqu’ici, point de chariot !… Une belle attente aux services de l’immigration (pour montrer un passeport supposé nous faciliter les passages en douane, surtout en Europe), puis un jeu de devinette pour savoir sur quel tapis roulant vos bagages vont être jetés en vrac (pour autant que les bagagistes n’aient pas décidé d’une grève surprise !). Là, nos concitoyens indisciplinés monteraient carrément sur le tapis, s’ils osaient, pour mieux apercevoir les premiers leurs précieuses valises… Le ton monte, les couples se chicanent, les bagages se chevauchent sur le tapis dans un désordre méprisant.

Après avoir récupéré vos biens, il vous faut encore parcourir quelques centaines de mètres pour passer devant nos amis les douaniers (qui font leur travail) scrutant les passagers d’un oeil acéré, et jetant leur dévolu de préférence sur les jeunes gens, célibataires de préférence… Sexagénaires, rassurez-vous, vous n’aurez pas à exiber votre linge sale devant vos compagnons de voyage !

Enfin, vous voilà sortis de la zone d’arrivée, jetés en pâture à cette structure qu’on appelle un terminal. Terminaux qui se multiplient, essayez donc de vous souvenir à quoi correspond le Terminal 1, mais aussi le Terminal 2A, ou le 2C mais aussi le 2F ?!… Quoiqu’il en soit, si vous avez choisi la voie du taxi (ce qui suppose que votre destination finale soit atteinte…), réjouissez-vous ! Vous en trouverez aisément en sortant de n’importe quel Terminal, à condition de suivre les panneaux fléchés (bonne chance…).

Si, comme nous, vous devez enchaîner sur un autre vol national ou un train, ou encore un TGV, pour rejoindre vos pénates en province, armez-vous de patience : tout d’abord il vous faut trouver le panneau qui vous indiquera quel est le Terminal à rejoindre pour trouver la gare, au choix, de RER, de SNCF, ou de TGV ! Et je ne vous parle même pas de la gare des bus. De préférence, on vous fera quitter un Terminal pour en rejoindre un autre (voire en passant d’abord par un troisième).

Les difficultés se corsent lorsque vous vous apercevez que depuis votre Terminal 1, vous devez atteindre la porte 22 pour trouver un ascenseur qui vous mènera avec votre chariot à bagages au niveau 1, celui des départs. En sortant de l’ascenseur, un autre panneau vous indique qu’il faut trouver la porte 20 (donc, revenez sur vos pas, un étage en-dessous…). Après quelques hésitations et des files d’attente traversées (puisque les passagers des prochains vols font la queue dans le couloir du Terminal devant des comptoirs d’enregistrement trop peu nombreux), vous sortez enfin de l’aéroport pour goûter aux frimas du petit matin parisien. Là, doute : quelle est la navette que je dois emprunter ?!… Six gros culs de bus vous tournent le dos, en rang d’oignons, et pas un pour indiquer sur son arrière-train où il va se rendre ! Abandonnez votre conjoint avec vos bagages et courrez donc demander à chaque chauffeur s’il va bien à la gare TGV… Et surtout, surtout, insistez bien sur TGV, parce que sinon, votre chauffeur sans doute endormi par ces petites heures du lundi matin, fera l’impasse sur ce détail d’importance et vous emmènera, crétin qu’il est, faire le tour des terminaux jusqu’à ce qu’il s’arrête à un terminus. Et vous de vous étonner : où est la gare TGV ? « Ah, c’est la ligne 1 qu’il fallait prendre ! ». Mais sur le panneau, il était inscrit ligne 5 !!!… Allez comprendre, l’homme est autiste (ou indifférent ?) et il vous faut décharger vos bagages une nouvelle fois pour attendre la prochaine navette. Vingt-cinq minutes dans le froid.

Heureusement, prévoyant(e) comme vous l’êtes, vous avez gardé un bon délai entre votre heure d’atterrissage et le départ de votre TGV. Vous n’êtes pas encore en retard…

Essayez donc de garder votre bonne humeur et de rire avec votre conjoint de ces petites péripéties du matin, après tout si vous n’avez pas réussi à fermer l’oeil dans l’avion (malgré les couvertures et les masques mis à votre disposition) vous avez tout de même pu voir trois bons films que vous aviez raté cet été !… Vous êtes peut-être un peu fatigué(e) par ce long voyage, mais vous n’êtes pas au bout de vos peines.

Enfin, la navette ligne 1 pointe son groin. Nous sommes 75 personnes (et bagages) à nous précipiter dessus. Au grand dépit des passagers qui souhaiteraient bien descendre d’abord du bus afin de vous laisser la place. Le ton monte, ces messieurs s’énervent, d’autres se transforment en donneurs de leçons (« poussez-donc vos bagages ! »). Les portes du bus se referment sans prévenir, avec quelques couinements interloqués des postulants restés en rade sur le trottoir. Comme nous.

Nouvelle attente de dix minutes dans le froid. Lorsque le second bus arrive, nous chargeons nos bagages avec moins de précautions, tant pis pour les accessoires fragiles qui doivent sans doute être encore protégés par les paréos ?… Mais au moins vous avez pris soin de beugler au chauffeur avant le départ « vous vous arrêtez bien à la gare TGV ??? ». Acquiescement. Le bus démarre et s’engouffre dans les premiers embouteillages autour de Roissy. Tous les sièges sont occupés, vous restez debout le long de vos bagages. L’heure tourne…

Enfin le chauffeur annonce (cette fois) « gare TGV » !

Le bus se range le long du trottoir et… ses portes s’ouvrent côté rue !!!… Et recommence la danse des sacs : 4 sacs de voyage pour nous deux + nos 5 bagages à main (mallettes de transport de l’équipement photo). Allez comprendre pourquoi les urbanistes ont prévu des trottoirs à gauche pour des bus ayant des portes sur le flanc droit du véhicule !… Quoiqu’il en soit, vous descendez du bus (avec vos sacs) côté circulation et vous devez faire le tour du bus pour rejoindre le trottoir, sain et sauf.

Par chance, nous dénichons le seul et unique chariot disponible et nous nous jetons dessus. Pour faire cent mètres, puisqu’un panneau nous indique qu’il faut emprunter l’ascenseur pour descendre de deux étages afin de rejoindre la gare. Soulagés, nous appuyons sur le bouton de l’ascenseur. Il lui faut un temps infini pour descendre de deux étages. Nous sortons avec empressement pour atterrir… sur le quai des trains ! En nous retournant, nous lirons un autre panneau qui indique que pour le retrait des billets il faut remonter à l’étage supérieur !

Devant les guichets SNCF, une file d’attente longue comme une nuit de voyageur sans thé ; nous jetons notre dévolu sur une borne de retrait des billets. Nous avons reçu par SMS nos numéros de réservation de billets de TGV et il nous faut environ 10 mn pour retirer nos deux billets et les régler chacun leur tour par carte bancaire. Il nous reste vingt minutes avant le départ et nous nous précipitons dans l’un des endroits de restauration proposés, pompeusement appelé « café ».

J’attends à l’extérieur près de nos bagages et d’une table crasseuse et encombrée de détritus pendant que l’Homme patiente devant le comptoir. Quinze minutes… Pendant lesquelles je surveille le panneau d’affichage, les quais ne sont annoncés que 20 minutes avant l’arrivée de chaque train. A peine le temps d’avaler le jus d’orange (c’est frais, ça ?!) et le jambon-beurre caoutchouteux (vive la gastronomie française…) que nous nous précipitons vers le quai : nouvelle difficulté, il nous faut abandonner de nouveau le chariot (c’est au moins le 5ème que nous cherchons depuis ce matin !) pour descendre les bagages par l’escalator. Là, l’Homme craque : je descends avec les bagages à main, il pose les bagages sur les marches de l’escalier roulant et il engage le chariot qu’il maintient en équilibre jusqu’au niveau inférieur !

Sur le panneau d’affichage, il était bien précisé que pour la section du TGV se rendant jusqu’à Marseille, il faut monter en voiture située aux alentours de la zone B. Nous avons bien compris. Et lorsque le TGV entre en gare, nous sommes face à la zone B. Le train s’arrête. Les contrôleurs sur le quai scrutent les flancs du train puis grimacent entre eux : le train ne s’est pas arrêté au bon endroit, et tous les passagers sur le quai s’éparpillent comme un bataillon de fourmis pour rejoindre le wagon le plus proche ! De B, nous remontons en courant avec notre chariot jusqu’à la zone D…

Mais enfin, nous voici dans ce dernier tronçon de notre voyage interminable qui nous a mené de Bali (Indonésie) hier soir jusqu’à Marseille ce soir. Il nous faudra juste monter à l’étage pour trouver un peu de place pour caser la moitié de nos bagages puisqu’un train, c’est bien connu, n’est pas prévu pour le transport des bagages n’est-ce pas ?!… Allez donc expliquer celà aux voyageurs qui montent dans le TGV à Roissy. La SNCF, en imaginant les plans de son fameux train de prestige, ne pouvait-elle anticiper sur le fait que des passagers embarquant depuis un aéroport seraient forcément accompagnés de bagages ?

Faut-il que nos administrateurs soient si stupides pour ne pas y avoir pensé ?!… Et pourquoi les agents SNCF à bord se croient-ils obligés de vous réveiller chaque heure pour vous annoncer que « la voiture-bar est ouverte » et qu’elle met à votre disposition (contre espèces sonnantes et trébuchantes) des en-cas « froids et chauds » ? Rien de plus horripilant que ces voix nasillardes qui se croient chaleureuses alors que vous cherchez seulement à vous assoupir dans le calme ouaté de ces wagons où quelques passagers mal élevés laissent sonner leurs portables pour s’épancher ensuite en des conversations qui n’ont plus rien de privées !

L’avenir est-il à la privatisation ?…

Notre Administration, celle des services et des organismes d’état, gagnerait fortement à être dissoute pour être refondue en totalité. En s’appuyant sans doute avec profit sur l’expérience et la compétence d’autres pays phares. Et pourquoi pas l’Asie ?…

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