île Maurice, plage de Trou-Aux-Biches après le cyclone Gerry © Marie-Ange Ostré

13 février 2003, c’est mon troisième cyclone en un an sur les îles de Maurice et de La Réunion. Cette fois je suis en séjour sur l’île Maurice, à l’abri dans un studio de location.

Trou-aux-Biches, île Maurice. 06h14 du matin… Il pleut, il vente, il cyclone ! Il est là, le voilà qui s’annonce ! Mon troisième cyclone en un an, c’est peu fréquent. Gerry de son p’tit nom !

Comme d’habitude, j’étais hier à 8h45 devant le ponton du club de mon ami et instructeur Hugues Vitry chez Blue Water Diving Center, avec tout mon matériel de plongée. Cette fois en compagnie de trois plongeurs dépités : pas de plongée avant quelques jours !

Tous les bateaux ancrés habituellement dans le lagon avaient déjà viré de bord vers l’abri de la rade de Port-Louis : la tempête tropicale s’est transformée en cyclone dans la nuit et nous sommes passés en alerte 1 hier matin à 6h. Ce qui signifie que tous les bateaux ont du rejoindre Port-Louis sous peine de ne pas être couverts par les assurances en cas de dommages. Les hommes du Blue Water Diving Center étaient déjà en mer vers la capitale.

Tout le personnel des hôtels avoisinants démontaient les pontons et rentraient les équipements de loisirs nautiques. Le lagon était agité, signe avant-coureur (ci-dessus)…

26° dans le studio à cette petite heure du jour et des méga tonnes de pluie depuis des heures. De grosses bourrasques de vent qui commencent à écheveler les palmiers dans la rue. Le paysage est gris souris, le vert pomme habituel des feuillages est remplacé par du vert bouteille. Je sais que dans quelques heures toute la végétation sera grillée par le sel de l’océan mêlé au déluge du ciel.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit : la pluie fait rage depuis minuit, heure à laquelle je suis rentrée de ce dîner chez des amis. Je me suis couchée, pleine d’espoir pour au moins profiter de la nuit. Mais non !… La pluie a commencé à tambouriner sur le toit de tôle et le vacarme est tel que j’avais l’impression d’être à l’intérieur d’un sablier agité furieusement par une tornade.

Bienvenue au cyclone Gerry !…

Heureusement, cette fois, il passera de jour, nous aurons au moins la possibilité de bouger ou de lire à la lumière naturelle. Pourtant hier soir, j’ai acheté des bougies et des allumettes, par précaution. Pour l’instant l’électricité n’est pas encore coupée, j’espère que cela se produira le plus tard possible.

Je viens d’allumer la télévision pour essayer de voir le premier bulletin météo mais les trois chaînes nationales diffusent le même programme sur le Marathon des Sables dans le désert. De belles images de sportifs aussi secs que des échalas sous des ciels limpides, dans des décors de dunes. J’ai beau être dans l’un des endroits de la planète qui suscitent le plus de fantasmes chez le Terrien, ce matin j’admire ce soleil télévisuel !

Je suppose que nous sommes en alerte 3 maintenant, l’alerte 4 étant significative du passage du cyclone sur l’île.

« Lé ciclone Gerry il amène bocou la pluie avec dé p’tits vents bien bien forts… »

Hier à 18h, nous avons regardé la photo satellite du déplacement de Gerry : il se dirigeait droit sur Maurice avec un déplacement de 22 km / heure. Une heure plus tard, dans la voiture de Jean-Michel, la radio égrenait tous les abris mis à la disposition de la population dans chaque village ou commune, le City Hall ou le Social Wellfare Center, et annonçait des vents à 175 km / heure.

L’arrivée du cyclone sur nous était prévue pour aujourd’hui à mi-journée. Il n’est pour l’instant que 6h37 et les vents ne sont pas au maximum, je le sais. Sur la photo ci-dessus on distingue nettement l’approche de Gerry au-dessus des Mascareignes, deux points minuscules de l’océan Indien…

île Maurice, passage du cyclone Gerry © Inconnu

Toute la nuit je me suis retournée dans mon lit, essayant vainement de trouver le sommeil malgré le tambourinement de la pluie sur le toit de tôles. En vain. Une nuit blanche. Régulièrement je vérifiais qu’il y avait toujours la petite diode rouge au bas de la télévision, signe du maintien de l’électricité. Aujourd’hui la journée risque d’être longue…

Pour l’instant le réfrigérateur, la télévision et cet ordinateur fonctionnent, et j’espère pouvoir m’occuper sur l’ordinateur aussi longtemps que possible, cela remplira ma journée. Pour l’instant, je ne veux pas toucher au seul livre qu’il me reste à lire, je préfère le garder en réserve.

J’ai quatre bouteilles d’eau, un litre de lait au frais, cinq yaourts, deux tranches de poulet, quatre clémentines, des crackers et un petit pain au lait. Hier j’ai jeté le paquet tout neuf de céréales : un régiment de fourmis y avait élu domicile en moins d’une nuit à l’intérieur même du placard ! Il faut que j’achète des boîtes en plastique pour y ranger à l’abri des insectes prédateurs tout ce que j’ouvre, l’un des aléas de la vie sous les tropiques.

J’ai donc de quoi me nourrir, me distraire et boire. Tout va bien. Théoriquement ces conditions météo devraient se poursuivre toute la journée et nous ne pourrons sortir que demain matin. Coincés comme des rats !

J’ai pris quatre ou cinq photos tout à l’heure depuis ma porte-fenêtre et je repensais au cyclone Dina que j’ai vécu également ici sur l’île Maurice en janvier 2002. Sauf que les photos prises pendant Dina l’étaient au petit matin après le cyclone ; celles-ci sont faites au début de Gerry. Il y a sur la gauche du bâtiment de Hugues un petit hôtel en construction depuis un an, et un léger, très léger échafaudage de barres d’acier entrelacées… Pour l’instant, une bâche verte flotte nerveusement sous le vent mais l’échafaudage ne bouge pas. Pourvu que ça dure !…

J’ai déjà des fuites sous le toit : il y a trois jours, lors d’une pluie importante qui avait duré plus de trois heures j’avais remarqué deux petites flaques sur le sol, près de la fenêtre. Hier soir, en prévision, j’ai disposé un drap plié par terre à l’endroit des flaques. Ce matin, je m’aperçois que j’ai bien fait : le drap est déjà trempé et de l’eau s’est étalée sous le drap et aux abords. Je vais devoir éponger dans la journée.

Ah !… un message gouvernemental télétexte défile sur l’écran de télévision comme un gimmick qui martèlera toute la journée : « Gerry : un avertissement de cyclone de classe 3 est en vigueur à Maurice. » Eh oui, on s’en serait douté ! Cela signifie l’interdiction à quiconque désormais de circuler dans les rues, tous aux abris ! Alors, ils nous le balancent ce bulletin météo, que l’on sache où il se trouve ce Gerry !

Et pendant ce temps-là les Touaregs, sombres et fières silhouettes enturbannées de noir se détachent sur le sable du désert… sur le pauvre documentaire diffusé à la télévision pour faire patienter la population mauricienne (et les touristes coincés dans leur hôtel).

J’ai une petite appréhension quant à la solidité du toit de tôles lorsque le vent commencera réellement à sévir… J’ai peut-être trop vu d’images de toits envolés après Dina ?… Je dois avouer que ce toit ne me rassure guère, pourtant la construction de ce bâtiment qui abrite le nouveau centre de plongée et quelques studios à louer à l’étage pour les plongeurs est toute neuve. Les murs sont solides, pas de doute.

Pourtant j’ai tout de même fait des repérages hier soir et j’ai signalé à ma co-locataire inquiète que les seuls endroits réellement à l’abri sont les deux salles de bains : là, le plafond est en béton, murs carrelés et petit fenestron en double-vitrage. Heureusement également, par rapport à l’année dernière dans mon autre appartement pendant le cyclone Dina, les deux portes-fenêtres qui agrémentent le studio sont en double-vitrage et les deux fenêtres disposent de volets que j’ai fermés hermétiquement. Donc, à moins de me prendre un tronc de palmier en vol plané, tout ira bien du côté des fenêtres. Les deux terrasses a priori ne se remplissent pas d’eau pour l’instant malgré la pluie qui dégringole. Un trou d’évacuation est là qui remplit son office.

Je vais éponger un peu et je reviens…

6h55 et toujours 26° dans le studio. Je viens d’éponger un peu, mais rien d’alarmant.

J’en profite pour avaler ma première ration du jour : yaourt à l’orange. J’ai aussi du chocolat en stock et trois paquets de nouilles chinoises instantanées. Du coup, si à 10h ce matin nous avons toujours de l’électricité j’utiliserai la bouilloire électrique pour m’offrir peut-être le seul repas chaud de la journée. Autant être prévoyante ! Avec toute l’humidité que nous allons avoir dans l’air, un repas chaud ne sera pas de trop.

Par précaution hier midi j’ai mis la climatisation en marche et j’avais réglé la température à 16°. Elle est restée ainsi jusqu’à ce que je rentre à minuit : le studio était trop frais mais archi-sec ! Je me souviens que l’année dernière pendant Dina, j’avais souffert du trop fort taux d’humidité pendant le passage du cyclone et pendant la semaine qui a suivi ; même les vêtements dans les armoires étaient moites.

Il n’y a plus aucun véhicule dans les rues. Tout est gris et noyé. Le paysage se dilue sous les larmes de pluie qui ruissellent sur les vitres.

Ah, ça y est, le programme télévisé change : place aux dessins animés. Il semblerait que les parents mauriciens soient aussi paresseux que les Européens : je n’arrive pas à comprendre pourquoi on peut avoir envie de mettre ses gamins instantanément devant un écran de télévision dès leur lever ! Une façon d’éviter le dialogue tout en ayant la paix, une fuite en avant. Et ensuite on se plaint que « la société » rend nos enfants accro à la télévision ! Foutaises. Que les parents se responsabilisent, qu’ils élèvent leurs enfants sans passer par la case télévision systématique et ils rétabliront le dialogue.

Les trois chaînes locales diffusent le même programme… Pfff… Rien à se mettre sous la dent d’intéressant.

Hier soir j’ai eu mon frère au téléphone depuis La Réunion : il disait que le cyclone devait passer à côté de La Réunion mais que non, il ne passerait pas sur Maurice ! C’est curieux tout de même cette suffisance des Réunionnais vis-à-vis des Mauriciens…

J’ai remarqué depuis plus d’un an et demi maintenant que je vis dans l’océan indien que les Réunionnais, ceux de l’île sœur comme on dit ici, ont toujours tendance à considérer les Mauriciens comme des enfants naïfs… Maurice est davantage Indienne aujourd’hui de par la majorité de sa population, mais au départ il s’agit des mêmes colons et de la même « créolitude ». Cependant parfois la télévision réunionnaise profite d’informations plus fraîches ou davantage vérifiées que les chaînes mauriciennes, et je voulais savoir ce que pensait La Réunion du cyclone sur Maurice.

La pluie fait rage… Elle gifle les tôles au-dessus de ma tête et les rafales de vent commencent à ronfler. Pour l’instant, pas de claquements inquiétants, pas d’objets volants non-identifiés comme l’année dernière quand j’essayais de discerner l’origine des bruits de chocs en pleine nuit.

Mon amie Sylvie doit être enfermée dans sa chambre d’hôtel avec sa fille. Elles sont venues me rendre visite, belles vacances pour elles… J’espère que Gerry va vite passer et aller se perdre dans le Sud de l’océan Indien pour que le ciel s’éclaircisse à nouveau très vite et qu’elles puissent profiter de leur séjour !

Je vais me doucher ! Il faut bien s’occuper…

7h45, message télévisé entre Hannah & Barbera et Spiderman : des écrans textes qui défilent tout en étant lus par un speaker. Un peu rudimentaire mais sûrement indispensable :

Consignes à suivre en cas de cyclone :
Complétez les préparatifs, fermez les ouvertures solidement, consolidez les volets, portes et fenêtres.
Evacuez les zones risquant d’être affectées par les inondations.
Lors du passage du cyclone gardez votre calme et restez à l’abri. Écoutez les avertissements diffusés par la radio ou la télévision.
Soyez sur vos gardes pendant le passage du centre du cyclone. L’accalmie pendant le passage de l’œil sera de courte durée et des vents violents souffleront dès la fin du passage de l’œil.
Après le cyclone, ne touchez pas aux fils électriques rompus et faites attentions aux structures endommagées, aux arbres et aux branches cassées et aux rivières en crue.

C’est tout ! Rien sur l’état de l’avancée de Gerry. Fichu manque d’information !

8h10, deuxième passage du même message télétexte. Je surveille les infos, je viens de ranger quelques bricoles, mon matériel de plongée qui séchait dans la douche, mais c’est vite fait. Je vais travailler sur la modernisation du site web du centre de plongée en attendant d’avoir mieux à faire. Puis j’enchaînerai sur des animations et diaporamas. Autant m’occuper sur l’ordi tant que l’électricité n’est pas coupée !

J’ai faim : je mangerais bien une clémentine mais ça risque de sentir l’orange toute la journée dans l’appart. Comme un relent de cantine scolaire. Pas terrible. Allez, je me prépare un thé vanille. Du vrai thé mauricien, cueilli, séché, broyé et aromatisé dans le sud, pas ces vulgaires sachets au parfum artificiel. Je n’ai pas dormi de la nuit, ce n’est pas ça qui m’empêchera de dormir ! Et puis la journée risque d’être longue.

9h22, on sort enfin des dessins animés ! Et on enchaîne sur une émission pour les jeunes semble-t-il. Et j’apprends que les crocodiles ont 70 dents mais elles se renouvellent en cas de besoin jusqu’à 3 000 dents au cours d’une vie, comme les requins ou les fauves ! Nous, à côté, pauvres primates omnivores, avec nos 28 dents sans compter les 4 dents de sagesse, nous faisons parents pauvres !

Je viens de brancher la climatisation pour assainir un peu le studio, j’en profite tant que l’électricité est maintenue. L’humidité s’installe et je n’en veux pas ! Je n’ai pas emporté de gilet ni de pull cette fois, juste un tee-shirt à manches longues. Tant pis. Je préfère avoir un peu froid avec la clim que me sentir moite dans des vêtements et dans des draps humides.

Il pleut toujours continuellement, avec des vents forts. Mais je n’ai pas l’impression que cela ait forci. Je me trompe peut-être mais je crois que ce Gerry sera moins fort que Dina. Ou bien passe-t-il plus loin ? Dans ce cas, nous ne subirons que la couronne extérieure du cyclone.

Toujours pas d’information à la télévision. Incroyable ! Je sais que l’information est constante à la radio mais je n’en ai pas. D’un autre côté, avoir la télévision ici est déjà un luxe. Pourvu que l’électricité se maintienne.

J’ai faim mais j’ai la flemme de bouger de ce lit sur lequel je suis installée avec mon ordinateur sur les genoux. Et puis je mange pas mal en ce moment, alors un peu de diète ne me fera pas de mal.

J’ai faim quand même…

10h00. Enfin un flash info mais en créole… lé pa bien ça !…

Je remets mes neurones en marche et, habituée au créole mauricien, j’écoute quand même : Gerry est centré à 100km au Nord de l’île Maurice, il devrait passer à 50km à l’Est de Cap Malheureux – au Nord donc – en début d’après-midi. Chouette, c’est tout près. Et 50km pour un cyclone, ce n’est pas loin du tout…

Il y a déjà un mort électrocuté dans sa case, un fil de télévision qui trempait dans l’eau et qu’on a voulu rebrancher, quelques blessés à Rivière du Rempart, une centaine de réfugiés au centre de l’île, et un pylône électrique abattu. Beaucoup d’inondations.

La photo satellite nous montre tout l’océan enfoui sous la masse nuageuse du cyclone mais l’œil se déplace en effet vers Maurice. La Réunion doit être aussi sous la pluie.

« Lé ciclone Gerry il amène bocou la pluie avec dé p’tits vents bien bien forts« …

J’adore l’accent mauricien, vraiment !

Des vents à 150km / heure mais avec des pointes à 175km / heure. Trajectoire Sud-Est qui le fera passer à 50km de Cap Malheureux et sur l’Est de l’île vers 13h, à une vitesse de 20km / heure, et à condition que le cyclone ne change pas de trajectoire. Gerry est annoncé comme étant moins fort que Dina, tant mieux !

Un capitaine de police un peu coincé rassure la population : « Lé conseil à la population est pas aventurer dihors, nous vivement deconseiller li aventurer dihors« . Ça, c’est du conseil avisé en période de cyclone !… N’est pas présentateur qui veut.

Suivent les infos internationales avec un reportage in French cette fois sur la guerre à Beyrouth, vingt ans plus tard la Belgique poursuit Ariel Sharon accusé d’être responsable de cette tuerie. Contraste avec les infos locales.

On enchaîne sur le football ! On s’en fiche.

Et voilà ! c’est tout pour les infos !… prochain « zournal » à midi.

Et un clip avec Jennifer Lopez en concert (ça ressemble à de la mise en scène Madonna mais Jennifer Lopez chante mieux que Madonna, je le sais j’ai vu Madonna deux fois sur scène, eh oui je suis fan !).

Bon, ce sera tout pour l’instant. Je viens d’éteindre la clim’, j’ai fait descendre la température à 20°, je caille ! Mais ça a asséché l’atmosphère. Et puis j’ai trop faim : je vais me préparer un sachet de nouilles chinoises. Pas de nouvelles de ma voisine dans le studio d’à côté, et franchement pas envie de socialiser, donc je me terre dans mon coin. Et puis je bosse !

Oh, super ! Un James Bond !… Si je ne m’abuse d’après les premières images ça doit être un récent avec le séduisant Pierce Brosnan. Je sais déjà que je l’ai déjà vu, ça me rappelle quelque chose ce saut à l’élastique à l’intérieur d’un barrage de centrale hydraulique. Mais c’est un événement sur une chaîne mauricienne ! Et puis ça va me changer les idées et faire passer le temps. Golden Eye !

Je vais regarder ça tranquillement en me goinfrant de nouilles chinoises !

Je viens d’avoir Sylvie au téléphone, cloîtrée dans sa chambre d’hôtel au Trou Aux Biches avec sa fille. Ils leur ont livré un plateau pour le petit déjeuner et elles auront droit à un autre plateau froid pour le déjeuner. Interdiction de sortir de la chambre. De toute façon je présume qu’ils sont en pénurie de personnel aujourd’hui.

12h08, nouvelle interruption du programme pour le journal. Gerry est toujours à 100km de Cap Malheureux, il avance lentement. Nous sommes toujours en alerte 3 et les services météo confirment qu’à Port-Louis il y a eux deux rafales à 130 et à 143km / heure entre 11h et midi. Pas sûr que nous passions en classe 4. Des vents entre 120 et 175km / heure autour du centre du cyclone. Prochain bulletin à 13h. « La population pas faire incidence, li bien danzereux sortir dihors. » J’adore les messages en créole, c’est toujours savoureux, et délicieusement suranné.

Pour l’instant il semblerait que ce cyclone ne s’approche pas davantage de nous et la pluie devrait continuer jusqu’à 15 ou 16h. La photo plus haut (NASA) montre le cyclone Gerry au-dessus des Mascareignes, photo prise à 22km d’altitude.

À 12h18, le vent s’est calmé depuis une petite heure ici sur Trou aux Biches, et il ne pleut plus. Quelques véhicules commencent à circuler et les habitants sortent un peu prendre l’air. Pour ma part, je vais rester au sec encore deux ou trois heures, mais j’ouvre la fenêtre pour aérer un peu. La mer est paraît-il très démontée.

Bon, ils nous envoient la fin du James Bond ?!…

Le courant électrique a tout de même été coupé dans plusieurs endroits de l’île Maurice. Mais heureusement, pas sur notre secteur.

16h35, je viens de faire une bonne sieste de trois heures. Je me sens un peu dans le brouillard mais en même temps beaucoup mieux. Envie d’un bon chocolat chaud mais j’ai la flemme de bouger.

Les voitures et camions circulent à nouveau librement, je présume que l’alerte 3 a été levée. J’espère que personne ne va passer me voir, je ne suis pas très présentable et je m’en fiche. Il pleuvait légèrement lorsque je me suis réveillée un petit quart d’heure auparavant, mais plus maintenant. Le temps s’est légèrement éclairci, le ciel est encore blanc et quelques alizés subsistent mais le cyclone s’est très probablement éloigné.

Finalement Gerry n’a pas été un gros cyclone et puis heureusement, il est apparemment passé bien au large.

J’ouvre ma porte-fenêtre, l’air est gonflé d’humidité mais un rayon de soleil montre déjà son nez.

Dans deux jours la vie aura repris son cours à Maurice, comme si de rien n’était. C’est aussi la magie de l’île Maurice, cette aptitude à la résurrection.

 

(extrait de mon journal, île Maurice, 13 février 2003)

Le temps que les informations soient collectées entre les deux îles de La Réunion et Maurice, et qu’elles circulent enfin de façon officielle, nous avons appris quelques jours plus tard que le cyclone Gerry fut un cyclone tropical intense (même classification que le cyclone Dina l’année précédente), avec des vents moyens en mer de 195km/h et des rafales à 241km/h. Gerry est passé au plus près du Nord-Est de l’île Maurice entre 4h et 6h du matin, avec des vents à 176km/h et des rafales à 218km/h. Gerry est passé à 290km au Nord-Est de l’île de La Réunion, donc avec des vents moindres.

Je suis sortie seulement le lendemain, peu encline à me promener sous la pluie le jour-même du cyclone. Le 14 février 2003, jour de la Saint-Valentin, les Mauriciens retrouvaient leur entrain et leur sourires, en se retroussant les manches immédiatement pour déblayer les routes et remettre les bateaux à l’eau.

Le ciel bleu était de retour, mais le lagon de Trou-aux-Biches était encore très agité, avec un niveau très élevé. En témoignent mes photos (ci-dessus + celle en-tête de cet article) prises sur cette plage ce jour-là entre 8h30 et 9h30.

Envie d’en apprendre davantage sur mes nombreux voyages sur l’île Maurice ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en juillet 2006 sur mon blog de voyages Un Monde Ailleurs (2004-2014), blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux une valeur émotionnelle ou s’ils offrent un intérêt informatif pour mes lecteurs. Ils sont rassemblés sous le mot-clé « Un Monde Ailleurs ». J’ai ajouté davantage de photos à ces articles en les re-publiant mais malheureusement il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles, seul le nombre de commentaires est resté indiqué.

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