Récit de plongée île MauriceTrou aux Biches, à l’Ouest de l’île Maurice. Plongée sur le site des Ancres Perdues, – 31 mètres, pendant 55 minutes au total. Hugues étrennait son nouvel objectif grand angle acheté avec l’amour d’un collectionneur des œufs de Fabergé qui tomberait sur un modèle unique ! Une occasion payée moitié prix !… Achetée sur Paris. Quatre plongeurs en tout et deux moniteurs, Bruno et Hugues. Une plongée en petit comité, comme je les aime. Mon oreille droite comme d’habitude lorsque je replonge après une interruption de plusieurs semaines a du mal à passer, il m’a fallu stabiliser un bon moment à – 10 mètres.

Ange empereur de l’île Maurice

Puis les rencontres : un beau tetrodon (poisson porc-épic) d’une bonne cinquantaine de centimètres de long que Hugues a pourchassé gentiment de son objectif pour faire des tests grand angle. Un gros mérou, loche miel dans le langage d’ici, un peu paresseuse et dédaigneuse. Un poisson-feuille blanc, oscillant dans le léger courant. J’ai découvert une murène verte, mais sans m’en approcher, ses dents sont acérées comme des lames de rasoir. Au-dessus d’elle, une petite rascasse aux piquants repliés, je suis certaine qu’elle dormait ! Posée sur la roche, immobile malgré mon approche discrète. Deux langoustes guillerettes, une petite murène. J’ai pris tout mon temps pendant que Hugues usait sa pellicule pour observer tranquillement des anémones colonisées par leurs poissons-clowns, danseurs fous mêlés aux petits poissons dominos noirs piquetés de blanc. Les poissons-clowns ont de l’humour !… Ils finissent, si vous ne bougez plus, par venir danser devant votre masque pour tester votre résistance à l’immobilisme !

Et puis en fin de plongée, un poisson-coffre qui attire mon attention, noir, beau, discret dans sa faille. Mais Hugues me fait signe : il m’avait prévenue sur le bateau, il voulait faire des portraits. Il a donc choisi une petite faille avec des gorgones mêlées et veut y cadrer mon visage (seul visage féminin de cette palanquée). Je m’approche précautionneusement d’abord pour ne pas casser le corail ni les gorgones de façon intempestive, ensuite pour bien vérifier qu’il n’y a ni poisson-pierre ni poisson-scorpion dissimulé sur les roches sur lesquelles je dois m’agripper pour me maintenir discrètement. Hugues se positionne, tête en bas, palmes en l’air, installe son flash, règle son ouverture de diaphragme, me fait signe de m’approcher encore et de déplacer mon visage. Je m’applique à prendre un air inspiré, pas si évident alors que seul le regard peut transmettre une expression et que se profile au ras de mon nez un superbe, magnifique, extraordinaire ange-empereur (photo en tête d’article) !!!… Mon poisson préféré !… J’ai vu dans les yeux de Hugues la lueur de plaisir du chasseur d’images et le flash a jailli. Nous avons attendu sans bouger que notre compagnon strié de jaune et de bleu daigne à nouveau interposer sa livrée majestueuse entre la gorgone et mon visage. Hugues a fait je crois quatre photos, avant de s’extraire de la faille. Je ne les verrai jamais : sans doute le test des réglages n’a-t-il pas été concluant aujourd’hui.

En rejoignant les autres plongeurs, Hugues aperçoit « mon » poisson-coffre noir et s’apprête à se diriger vers lui. Mais il se tourne d’abord vers ses plongeurs et fait un état des lieux. Le cinquantenaire lui fait signe qu’il ne lui reste que 20 bars d’air dans sa bouteille !!!… La réserve qui impose une remontée immédiate jusqu’au palier de sécurité est normalement fixée à 50 bars. Il est temps qu’il se manifeste !… Nous sommes à ce moment-là à – 24 mètres. Hugues se retourne vers moi et me fait signe d’assister le monsieur dans sa remontée, lui veut retourner vers le poisson-coffre. Il me demande mon accord, pas de problème. Les autres plongeurs et Bruno ont entamé cinq minutes auparavant leur remontée à une vingtaine de mètres de nous. Je me rapproche donc d’abord du cinquantenaire en vérifiant moi-même son autonomie sur son manomètre ; il a bien lu : 20 bars. Il ne faut jamais puiser jusqu’au fond d’une bouteille puisqu’il y a toujours des impuretés qui finissent par s’y accumuler et cela n’a rien de bien bon pour la santé. Je lui met donc en bouche mon détendeur de secours puis je lui fais signe que nous rejoignons Bruno ensemble, lentement. Je le traîne donc avec moi, comme un bébé lié par son cordon à sa mère temporaire. J’ai vérifié, il me reste 90 bars d’air, largement suffisant pour remonter à deux sur ma bouteille. J’ai fait vérifier mon détendeur la semaine dernière sur La Réunion et mon direct-system ne fuit plus, je m’en félicite !… Hugues nous rejoint au palier, me demande si tout est ok, je réponds par l’affirmative. Il vérifie mon manomètre, ouvre de grands yeux et nous échangeons un clin d’œil. Je consomme peu.

Lorsque nous remontons sur le bateau, cinquantenaire me remercie, il n’y a pas de quoi. Il explique qu’il plonge pour la première fois depuis un an et nous venons de faire une plongée de 55 minutes au total ; il manque d’entraînement, il est normal qu’il ait été un peu court sur son autonomie…

 

extrait de mon journal de plongeuse, Trou aux Biches, île Maurice
(2 décembre 2001)

 

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