Marché aux oiseaux Shanghai

En voyage, sortir des sentiers battus c’est parfois entrer là où on ne vous attend pas. Là où vous n’aviez rien envisagé. C’est aussi souvent l’apprentissage d’une autre culture.

En me rendant au marché aux oiseaux à Shanghai du côté de Xizang Nan Lu j’imaginais rencontrer de charmantes vieilles dames achetant perruches et autres titis délicats. En guise de roucoulades, je plonge pourtant dans une cacophonie mêlant voix masculines et grésillements d’insectes !

C’est d’abord l’odeur qui s’impose à des narines pourtant anesthésiées par la pollution planant sur l’immense métropole chinoise : des relents de croquettes pour chien et le fumet d’urines non-identifiées dominent une senteur d’herbes sèches et l’âcreté d’une sueur nerveuse. Et comme l’imagination est la plus forte, influencée par de toutes petites coupelles de porcelaine exposées sur les stands étroits, je cherche du regard les volatiles que je suis venue photographier.

Si quelques barreaux métalliques emprisonnent bel et bien des cacatoès à houppettes et des mainates peu bavards, en lieu et place des fragiles cages en bambou que je suis venue voir ce sont des centaines – que dis-je – des milliers de boîtes cylindriques transparentes qui s’alignent là, à quelques centimètres de mon objectif et je sursaute devant le volume d’une cuisse d’acier qui envahit soudain mon viseur !

Un perroquet ? Un ara ? Quel babillard pourrait-il se targuer d’une telle morphologie ?!

En retrouvant l’usage de mes deux yeux me voici confrontée à une vision déconcertante, celle d’une grosse sauterelle au faciès peu avenant, séquestrée dans une urne translucide. En pirouettant sur moi-même je découvre qu’elles sont des milliers à chercher acquéreur ici, au marché aux oiseaux de Shanghai !…

Sauterelles ?

Que nenni, il s’agit de criquets si j’ai bien tout compris avec mon anglais entomologique qui n’est pas au point et celui de mes interlocuteurs interloqués : une blonde au pays des criquets et armé d’un appareil photo dont ils savent prononcer le nom !

Je repère alors un bon gros gaillard joufflu qui dépare un peu avec le profil commun du Chinois de Shanghai. Est-ce le fait d’être assis à asticoter les antennes de son criquet qui lui fait prendre de l’embonpoint ? Ou celui de nourrir l’insecte d’un grain de riz humecté à intervalles réguliers ?… J’essaie le langage des mains avec davantage de succès : dans son petit local d’à peine deux mètres sur trois encombré de centaines de bocaux de grès et de boîtes de bois marquetées, il est chargé d’exciter la bête.

Mon lutteur au sourire dévorant a des joues en point d’interrogation dès qu’il me regarde pour vérifier si j’ai bien compris. Alors il attrape ma main, me colle une très fine baguette de bambou entre les doigts et me montre : secoue les antennes du criquet et il se mettra à gesticuler ! Des grillons chatouilleux aux paris audacieux, il n’y a qu’un pas. Et je comprends illico la fébrile activité qui règne en ces lieux : je suis dans l’antre du jeu de saison !

Le complice de mon nouvel ami m’attire à l’extérieur et tente de m’expliquer en m’amenant auprès d’autres Chinois qui me jettent à peine un regard tant ils semblent préoccupés par un problème fondamental : acheter le prochain champion. Seuls, ou par deux, ils s’accroupissent pour soulever le couvercle de dizaines d’urnes pour la plupart cylindriques qui renferment un candidat au combat. On argumente, on refuse, on négocie, on achète. Et on repart avec le sourire aux lèvres et un soupçon d’inquiétude dans le regard : est-ce l’investissement de la semaine ?

Des liasses de billets chiffonnés circulent de mains en mains et je capte de loin l’agitation concentrée d’un groupe de crânes bruns penchés vers le sol. Mais avant même que j’aie le temps d’en approcher, des exclamations fusent, des gestes d’agacement s’échappent et quelques sourires s’échangent. Un criquet a pris le dessus sur un confrère…

Sur des tréteaux derrière moi ce sont des boîtes plus ornementales qui attirent mon attention. En grès ou en bois, elles sont neutres ou travaillées, sculptées, brossées, peintes ou émaillées, mais les plus onéreuses semblent être de bois avec des tiroirs coulissants : quand l’artisanat rejoint l’enjeu, tandis que le gouvernement fait semblant d’ignorer que des citoyens se prêtent encore au pari illégal…

Envie d’en apprendre davantage sur mon voyage en Chine ? Voici quelques pistes à explorer :

Cet article a été publié une première fois en mars 2010 sur mon blog dédié aux voyages pour le quotidien français Libération, blog qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Les articles re-publiés sur ce site le sont s’ils présentent à mes yeux un intérêt informatif pour mes lecteurs. J’ai ajouté des photos à ces articles en les re-publiant ici mais il a été impossible de réintégrer les commentaires liés à ces articles.

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