Photos de la Chine et du TibetJ’aurais pu prendre exemple et passer sept ans au Tibet, mais je crains le froid. Et ici l’hiver la température descend jusqu’à – 25°, suffisamment pour faire exploser les vitres des imprudents qui aiment tant la modernité. Bâties sur des charpentes en bois, sans clous ni vis, et avec des briques de boue séchée, les maisons ne résistent pas plus de trente ans dans ces montagnes époustouflantes de beauté, et quand la famille construit une autre maison (sans pour autant détruire la précédente dans laquelle parfois certains sont décédés) ils oublient l’un des préceptes tibétains que la jeunesse enfouit précipitamment dans les frémissements de l’impétuosité : « old is gold« …

Dans ce premier voyage en Chine j’ai voulu voir les incontournables et prendre – en quelque sorte – la température d’une Chine qui s’éveille et dévore l’avenir à pleines dents. Après Beijing, la capitale surpolluée mais grouillante de traces du passé, j’ai passé quelques jours à Lijiang, une ville moderne dont les quartiers plus anciens ont été classés patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Je vous en reparlerai même si ce n’est pas un coup de coeur. Puis j’ai pris la direction de Shangri-La, l’un des districts du Nord du Yunnan : 400 km de route à faire en trois heures sans arrêt.

Mais allez demander à une photographe de ne pas s’arrêter pour fixer sur une carte mémoire les beautés à couper le souffle de ces paysages traversés : d’abord les villages des populations Naxi, l’une de ces « minorités ethniques » protégées depuis quelques années par le gouvernement chinois qui, pour les aider, les transforme en de mini Disneyland avec droit d’entrée à payer puis souvenirs artisanaux à acheter, spectacles de chants et danses à l’appui. Les touristes chinois découvrent avec ravissement leurs compatriotes jusqu’alors ignorés et ils en redemandent. Et les-dits compatriotes découvrent la richesse (somme toute relative) de ces citoyens avides de traditions et de clichés pris en compagnie des femmes en costume et coiffe traditionnels. En ce qui me concerne je me suis éloignée de ces villages recommandés par les guides touristiques pour obtenir de mon guide chinois la visite d’un village ignoré et je m’en réjouis encore : j’ai appris ce qu’il faut savoir du séchage de feuilles de tabac avec un couple Naxi qui m’a ensuite invitée à déjeuner dans la cour de sa maison. Si j’ai réussi à éviter l’estomac de porc bouilli dans un jus grisâtre, je me suis régalée de légumes amers mais pimentés et de lamelles de porc frit et aillé.

Les Gorges du Tigre sur le Yang Tsé, Yunnan Chine
Les Gorges du Tigre sur le Yang Tsé, Yunnan Chine

Après cette escapade j’ai pris quelques photos du fleuve Yang Tsé qui hante la région avant de traverser la Chine pour aller finir sa course à Shanghai, de l’autre côté du pays. Déjà boueux, déjà tumultueux, aucun bateau sur les rives, et les fameuses Gorges du Tigre qu’il creuse à voltonté : impressionnant et d’une beauté rare.

Sommets du Dragon de Jade entre nuages et neiges éternelles, Chine.
Sommets du Dragon de Jade entre nuages et neiges éternelles, Chine.

Deux heures plus tard, et après avoir encore admiré les neiges éternelles de la montagne du Dragon de Jade qui culmine à 5 300 mètres, j’abordais enfin les limites du Yunnan pour aller dormir dans ce qui me semble être aujourd’hui le plus bel hôtel du monde : le Banyan Tree de Ringha. Cette halte très particulière mérite un récit très circonstancié et j’ai même filmé la chambre (pardon : la villa) tant sa décoration et sa taille sont uniques, je vous en reparlerai donc après mon retour sur Paris pour vous faire découvrir cet hôtel exceptionnel.

Pourquoi partir au bout du monde et dormir quelques nuits dans un hôtel de luxe ?

J’avais le choix entre différentes options pour visiter la région de Shangri-La dont le nom seul suffisait à me faire rêver : l’inaccessible… Mais le Banyan Tree de Ringha est établi au centre d’un groupe de six villages tibétains bien à l’écart de la ville la plus proche, six villages préservés de la modernité et qui vivent toujours de l’agriculture et du nomadisme. L’hôtel participe à la préservation des traditions des Tibétains et les Tibétains bénéficient de la visite des touristes qui ont eu le courage (et le temps) de monter jusqu’ici, à 3 200 mètres d’altitude. Un échange de bons procédés, et en parfaite collaboration.

Je me méfie toujours des discours marketing de certains hôtels qui prétendent aider à l’environnement ou à la préservation des populations en demandant aux clients de ne pas faire changer leurs serviettes de bain tous les jours et en aidant par l’achat d’artisanat local. Pieux discours…

Mais à Ringha j’ai pu constater qu’il n’en est rien : non seulement l’hôtel est parfaitement intégré au paysage puisqu’il a repris l’architecture des maisons tibétaines traditionnelles mais la majorité du personnel est local (quel bonheur pour le client !) et les activités proposés par le Banyan Tree sont toutes en relation avec la découverte de la région et des traditions tibétaines. Ici, près de la frontière birmane, j’ai vécu un rêve inaccessible… Que ce soit la journée à cheval pour parcourir les kilomètres qui séparent les villages sur l’immense plateau de Ringha, que ce soit la cérémonie de mariage tibétain, ou le déjeuner pris en compagnie des villageois qui m’ont invitée chez eux à découvrir les secrets de fabrication du beurre de yak ou du fromage, tout contribue à vous faire entrer en douceur et avec plaisir dans un monde différent, celui d’une population mi-nomade mi-paysanne qui cultive terre et traditions.

Photo paysage Tibet à Ringha, Chine

Et que dire des paysages, de la pureté de l’air et de la lumière, du sourire des Tibétains et de leur accueil timide mais chaleureux ?…

Je suis enchantée, sous le charme, et définitivement conquise. A tel point que j’ai inscrit sur ma liste de destinations à venir la capitale de cette province contestée : Lhassa.

Depuis l’aéroport Shangri-La de la ville de Deqing à trente minutes de Ringha, on peut atteindre Lhassa par avion chaque vendredi. Alors je sais déjà que je reviendrai à Ringha, ne serait-ce que pour offrir à mon organisme une étape indispensable  pour lui permettre de s’adapter en douceur (dans un confort douillet et luxueux mais surtout sans ostentation) à l’altitude qui met un bémol à votre dynamisme. Ne serait-ce que pour offrir une photo imprimée à celles et ceux qui m’ont permis de les photographier après quelques hésitations de pudeur et de timidité vite réprimées. Ne serait-ce que pour retrouver ce paysage à couper le souffle, ces envols de corbeaux dignes d’un Hitchcock et ces rires spontanés lors de mes efforts pour prononcer le « merci » en tibétain qui est un mélange phonétique entre « karen » et « kren« . Pas si simple de dire merci le plus naturellement du monde. Alors j’ai copié ces hommes et ces femmes aux visages burinés en joignant mes mains à hauteur de ma poitrine avant de m’incliner : on ne peux que s’incliner devant pareille beauté…

Femme dans sa cuisine au Tibet, Chine

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