boulerecit.jpgLe cardinal à gorge écarlate qui trille tous les matins sur la varangue me réveille peu avant 8:00. Je laisse les sons de la rue diluer les derniers lambeaux de mon sommeil, m’étire sous le drap léger, soulève une paupière, puis l’autre : le soleil filtre entre les rideaux et j’aperçois un morceau d’azur. Nous sommes le 31 décembre 2001, le monde est en fête et je vis à Pointe aux Canonniers, au Nord de l’île Maurice…

Lagon de l’île Maurice

Un petit déjeuner pris en vitesse, puis nous filons nous poster sur la route pour que le chauffeur du centre Blue Water Diving Center nous emmène, mon fils et moi, jusqu’au ponton de Trou aux Biches. Ce matin, comme hier, nous plongeons dans les eaux riches et chaudes de l’océan indien. A 9:00, lorsque le bateau largue les amarres, nous saluons les Parisiens qui ont la volonté très déterminée de fêter cette fin d’année de façon la plus exotique possible : deux plongées minimum ! Ils tentent de convaincre Hugues (Vitry) de nous organiser une petite plongée de nuit, pour fêter le nouvel an. Mais Hugues est inflexible : son centre ne ferme que deux jours par an, le 25 décembre et le 1er janvier, pour les raisons qu’on comprendra (ne prendre aucun risque avec des plongeurs qui auraient un peu forcé la veille sur des liquides qui n’ont rien de marin).

J’hésite à faire la plongée profonde, celle du matin, sur le Silver Star, belle épave dressée sur 38 mètres de fond qui arborait encore l’été dernier de gros buissons d’alcyonnaires sur son mât. Entre-temps, un cyclone est passé qui a brisé une partie du mât et arraché la majeure partie de ces coraux mous multicolores. Mais l’épave reste très intéressante, je la connais bien. Par contre, mon fils est encore trop jeune pour m’accompagner à – 38 mètres et je préfère plonger avec lui ce matin. Nous plongerons donc sur un site à proximité, pour une belle errance d’une heure le long d’un petit tombant truffé de crevettes, murènes, anémones, coraux, crabes, et poissons de récif. Il fait 29° dans l’air lorsque nous revenons vers le ponton à 11:00, et 28° dans l’eau… Un bain de jouvence.

Le temps de rentrer nous doucher à la maison puis nous ressortons tous les deux pour déjeuner. Le bus nous entraîne pour 2 roupies mauriciennes vers Grand Baie, la « station » touristique du Nord-Ouest : de nombreux touristes arborent les coups de soleil des arrivants et ils errent de boutique en boutique, cherchant le paréo exotique ou le bois de cannelle qui fera le bonheur du cousin, du frère, de la mère, au retour, là-bas, dans le « grand froid ». Pendant qu’ils s’attardent, le nez collé aux vitrines, lui protestant qu’il est temps de prendre une bière, elle assurant qu’elle vient de voir LE cadeau du siècle, j’entraîne mon fils rapidement vers la seule terrasse convenable à Grand Baie : au-dessus du petit ponton des bateaux de pêche au gros, des tables minuscules serrées en grappes, pour une salade, une poignée de frites ou une brochette de poisson, c’est le moment de profiter de la si jolie baie qui a donné son nom au village qui est devenu en quelques années le rendez-vous des visiteurs. Il faut être patient, comme partout dans les îles, et en profiter pour bavarder nonchalamment, en sirotant un cocktail ananas / lait de coco, et rire sous cape des apprentis pêcheurs roses de satisfaction (et de soleil) devant leur barracuda fraîchement arraché à l’océan. La veille, sous la surface, nous en avons vu de plus gros !…

Après le déjeuner, nous rentrons avec l’intention d’œuvrer un peu sur Internet (sur une connexion 56 kbps… la seule disponible à l’époque), mais la plongée du matin, les 32° de température de décembre, ajoutés au déjeuner à rallonge ont raison de notre énergie : mon fils annonce qu’il va lire un peu mais quelques minutes plus tard je le surprends endormi sur son lit, les pages de son manga dansant doucement au gré de l’alizé qui le berce de sa caresse paresseuse…

Lorsque je le réveille deux heures plus tard avec un jus de mangue tout frais, il déclare que les Tropiques ont du bon puis gobe quelques letchis achetés la veille chez l’épicier du coin ! En décembre à Maurice, les jardins embaument : les manguiers croulent sous les fruits et les plus mûrs s’écrasent au sol, faisant le bonheur des guêpes assourdissantes qui s’enivrent des sucs des mangues éclatées (je vous recommande la toute petite mangue josé, la plus sucrée). Les branches des arbres à letchis ploient sous les grappes roses, et les vendeurs les proposent en bouquets. Les flamboyants dans les allées rougeoient sous le ciel limpide et les buissons fleuris explosent littéralement : le jaune des alamandas, le fushia ou saumon des bougainvillées, le vermillon des hibiscus,… toutes les teintes sont au rendez-vous. Au loin, dans les collines, quelques jacarandas mauves signalent leur présence. En bavardant tranquillement sur la varangue, nous observons mon voisin qui sabre une grosse noix ventrue à l’écart de son cocotier. Il ne sait pas encore, et moi non plus, que dans quelques semaines celui-ci sera couché sur sa pelouse, déraciné par le prochain cyclone…

La grosse chaleur se dissipant, nous partons à pied vers la plage de Mont Choisy, ma préférée parce que souvent boudée des touristes qui préfèrent le sable plus blanc de celle de Trou aux Biches, favorite des hôteliers. Ici, je m’assoie souvent en fin de journée pour admirer le coucher du soleil, pour faire le point et me détendre. Ici j’ai retrouvé la paix et la sérénité. Ce soir nous jouons un peu avec deux petits Mauriciens qui s’essaient au foot avec l’enthousiasme des débutants, puis je salue de loin mon arbre fétiche, ce tout jeune badamier qui, on ne sait comment, a poussé un jour au bord de l’eau, arborant un tronc tordu et un feuillage en guise de parasol. Il me semble être un symbole, celui de la volonté, de l’opiniâtreté : il voulait être le seul sur cette plage bordée par les filaos, il a gagné, il résiste à chaque tempête, et même aux enfants qui le martyrisent, parfois.

Coucher de soleil sur la plage de Mont Choisy, à l’île Maurice

Lorsque le soleil fond à l’horizon, noyant d’ocre tout le paysage alentour à grands coups de pinceau alangui, nous rebroussons chemin et croisons de nombreux Mauriciens venus saluer, comme nous, une dernière fois le ciel de 2001. Ce soir, à minuit, nous passerons à l’année suivante. Naturellement souriants, quelques Créoles nous lancent des « bonne soirée ! » que nous leur renvoyons bien volontiers. Une atmosphère de gaité s’empare de la nuit, et nous rentrons nous parer de nos plus beaux atours, légers tout de même, pour rejoindre ensuite mes amies venues de Paris et qui logent à l’hôtel Victoria pour dix jours.

C’est un dîner de gourmets, nimbé de rires et de bonne humeur, qui nous amène au gré du champagne jusqu’à la célébration de l’an nouveau : quelques danseuses à la peau chocolat offrent une démonstration de séga, ce rythme mauricien venu de l’esclavage trois siècles auparavant, une danse de hanches définitivement sensuelle, provocante, accentuée par les envolées de jupes aux couleurs du drapeau national sur un tempo hypnotique. Il est temps de nous éloigner un peu des lumières de l’hôtel et j’entraine mon fils et mes amies jusqu’à la plage, au bout du jardin luxuriant ; nous attendons la dernière minute, les dernières secondes…

Puis au moment où s’élève une grande clameur venue de l’île toute entière, alors que nous nous enlaçons pour nous souhaiter le meilleur, les fusées des feux d’artifice claquent dans l’obscurité et les premières fleurs embrasent la nuit. Faisant concurrence aux constellations du ciel des Mascareignes, les bleues, vertes, rouges, se suivent et ne se ressemblent pas. Enfant de tout âge, chacun de nous admire, sourit, s’exclame. Minute d’allégresse, de communion avec mes proches…

C’était le 31 décembre 2001, sur une plage de l’île Maurice.

Ce soir, ce sera vous. Ici, ou ailleurs.

A chacun d’entre vous, à ceux qui ont déjà signé un commentaire, ainsi qu’aux anonymes qui lisent sans laisser de trace, je souhaite une excellente année 2008. Aux voeux de vos familles et amis auxquels j’adhère, j’ajouterai celui de faire un merveilleux voyage cette année, celui de vos rêves les plus fous. Et en attendant que vous montiez dans cet avion qui vous emportera dans ce monde d’ailleurs, je promets de vous offrir ici les récits de mes destinations dont la liste se précise pour les douze mois à venir. Peut-être s’agira-t-il de votre destination, de celle que vous attendez. Dans ce cas, je me ferai un plaisir de vous y emmener, pour quelques mots, quelques minutes,…

A tous, lecteurs de France et d’Ailleurs, une excellente année !

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